Uber redémarre à Bruxelles et "y a d’la demande", les taxis prévoient "des actions très dures"

Les chauffeurs Uber ont redémarré leurs berlines dans Bruxelles. Selon eux, "les clients sont aux rendez-vous". Le patron de la plateforme américaine en Belgique veut désormais "avancer". Dans les rangs des taximans traditionnels, on se dit "insultés". Des actions "très dures" suivront.

Julien Rensonnet
Uber redémarre à Bruxelles et "y a d’la demande", les taxis prévoient "des actions très dures"
Uber a relancé sa plateforme à Bruxelles dès 0h01 ce samedi 11 décembre. D’après les chauffeurs, «les clients habitués sont au rendez-vous». ©Proxima Studio – stock.adobe.com

La plateforme Uber a été relancée ce samedi 11 décembre à 00h01 à Bruxelles. "Des messages ont été envoyés aux clients pour l’annoncer", confirme Fernando Redondo, président de l’Association Belge des Chauffeurs de Limousine (ABCL) et figure de proue des utilisateurs de la plateforme. Qui se félicite de l’accord politique intervenu ce 10 décembre. (lire ci-dessous) "On est de retour". D’après le terrain, "les clients sont là, y a de la demande. Les Bruxellois sont restés fidèles. Je m’en réjouis pour la mobilité de nos habitués car nous sommes une solution sécurisée et fiable pour se déplacer en ville".

Même son de cloche chez Laurent Slits, directeur d’Uber Belgique. "Les chauffeurs sont soulagés. Ils étaient au rendez-vous pour le retour en ligne: ça fait plaisir à voir. Ce qui s’est passé ce vendredi soir est une étape importante. Nous pouvons reprendre la route: le but est atteint. Car ce qu’on a vu ces dernières semaines, c’est un drame: 2000 personnes qui travaillent via notre app se sont retrouvées sans revenus. Désormais, la prise de conscience politique est là".

Ce qu’on a vu ces dernières semaines, c’est un drame: 2.000 personnes qui travaillent via notre app se sont retrouvées sans revenus.

Sentiment mitigé

L’euphorie est cependant "mitigée" chez les chauffeurs. Leur amertume vient de la limitation des autorisations à ceux qui roulaient déjà avant le 15 janvier 2021. "Nous aurions préféré que la date du 23 novembre soit prise en compte, comme suggéré par le Conseil d’État", concède Fernando Redondo, qui estime à quelque 200 confrères ceux qui sont toujours interdits de petite ceinture. "Ces licences sont bloquées sur le bureau de Vervoort". Quant au seuil minimal des 20h hebdomadaires, le représentant des LVC n’y voit aucun problème. "C’est pour rigoler: même à temps partiel, je ne connais aucun chauffeur qui travaille moins. D’autant qu’on peut y ajouter le nettoyage du véhicule, l’attente ou l’administratif".

 Les chauffeurs VLC se sont rassemblés jusqu’à ce vendredi pour mettre la pression sur les politiques au Parlement bruxellois. Ils ne souhaitaient laisser aucun confrère sur le bord de la route, ce qui a pourtant été le cas.
Les chauffeurs VLC se sont rassemblés jusqu’à ce vendredi pour mettre la pression sur les politiques au Parlement bruxellois. Ils ne souhaitaient laisser aucun confrère sur le bord de la route, ce qui a pourtant été le cas. ©BELGA

L’exigence désormais, c’est de rouler sur cette lancée. "Nous avons jusqu’au 3 janvier pour consulter les textes en vue du Plan Taxi", explique Fernando Redondo. "Nous espérons désormais une négociation sérieuse et une véritable consultation, pas une décision basée sur notre avis écrit".

Les 20 heures minimales, c’est pour rigoler: même à temps partiel, je ne connais aucun chauffeur qui travaille moins.

Laurent Slits est à la tête d’Uber Belgique depuis mars 2020.
Laurent Slits est à la tête d’Uber Belgique depuis mars 2020. ©Uber

Le professionnel est rejoint par le responsable d’Uber. Pour Laurent Slits, cette ordonnance transitoire est "une première étape. Il faut maintenant s’atteler à la réforme du secteur. Si elle était intervenue il y a 7 ans, rien de ces dernières tensions n’aurait existé". Le patron ne nie pas que taxis et chauffeurs LVC sont "des professions qui se ressemblent", et qu’elles "devraient avoir les mêmes droits et obligations et un statut unique". Et si on n’aboutit pas? "Quitter Bruxelles, ce n’est pas du tout à l’ordre du jour. J’ai hate de commencer à discuter un plan équilibré. Les taxis aussi souffrent de son absence, avec le numerus clausus trop bas et les prix trop élevés. Nos enquêtes montrent d’ailleurs que nos chauffeurs sont plus satisfaits que les traditionnels taxis".

«Une telle lenteur…»

Laurent Slits rappelle que la pétition des chauffeurs LVC pour maintenir Uber à Bruxelles a été signée par 36.000 personnes. De quoi lui faire regretter les atermoiements politiques: "une telle lenteur dans la modernisation d'un cadre réglementaire obsolète, je n'ai pas vu ça dans beaucoup de villes. 15 ou 16 pays européens ont adopté leurs législations. La Flandre l'a fait aussi: preuve que ce n'est pas si compliqué". Pour aller plus vite, Uber a-t-elle aidé à contourner les décisions judiciaires défavorables en rédigeant elle-même les textes bruxellois? Le patron lève les yeux au ciel. "Le texte passé ce 10 décembre n'est pas plus favorable à Uber qu'à un autre. Il est le fruit d'un équilibre politique, comporte du bien et du moins bien. Il nous permet de nous relancer. C'était important pour les chauffeurs".

 Les taxis traditionnels préviennent: «il y aura des actions très dures».
Les taxis traditionnels préviennent: «il y aura des actions très dures». ©Photo News

Si un chauffeur lance l’app Uber pendant qu’il se rase ou qu’il conduit un tram, le compteur tourne. C’est insultant.

Auprès des taximans bruxellois, c’est "un sentiment d’injustice et de colère" qui domine. D’après leur représentant, "l’écœurement est à son comble" chez une base "qui ne croit plus en rien". Seule bonne nouvelle à l’horizon: "le front commun s’est reconstitué. Entre les différentes fédérations, mais aussi avec les syndicats FGTB, CSC et même CGSLB. S’il y avait risque de bain de sang social, vous pensez vraiment qu’ils soutiendraient nos propositions?"

Sur les nouvelles règles temporaires "qui doivent être contrôlées sur le terrain", Sam Bouchal ironise. "Ces 20h minimales, c’est ridicule. Si un chauffeur lance l’app Uber pendant qu’il se rase ou qu’il conduit un tram, le compteur tourne. Tout ça est très insultant: on nous prend pour des idiots". L’homme vise "et Uber, et l’hémicycle".

Le cadastre que j’ai réalisé pour Actiris montre que rien que chez BTF, il manque 655 taxis.

Et de continuer: "on prétend que 2000 chauffeurs risquaient de perdre leur emploi, mais tout le monde sait que c’est faux. Pour les 500 ou 600 gars dans la m***, il y avait une solution sous forme de contrat de travail en CDI dans les entreprises de taxis. Nous l’avions d’ailleurs proposé. Le cadastre que j’ai réalisé pour Actiris montre que rien que chez BTF, il manque 655 taxis. Pour ceux qui veulent rester indépendants, on aurait pu négocier quelque 200 licences qui ne sont pas idéalement exploitées aujourd’hui via la commission de Bruxelles Mobilité. Pour ceux qui refusent ces deux options, on pouvait enfin penser au leasing ou à la location de licence".

Sam Bouchal est amer. "Aucun parti n’a répondu à nos propositions".

Une ordonnance «sparadrap bis» remaniée en urgence

Pour rappel, la multinationale américaine a dû se déconnecter à Bruxelles depuis le jugement en appel du 23 novembre qui jugeait son système frauduleux. Uber s'est débranchée le 26 novembre et, depuis, chauffeurs LVC et taxis se succèdent dans les rues pour manifester. Les premiers pour retrouver leur outil de travail, les seconds pour implorer le Gouvernement bruxellois de respecter la décision de justice.

Ce vendredi 10 décembre en soirée, après des tensions jusque dans la majorité, le Parlement bruxellois a validé une version remaniée (dites " sparadrap 2 ") de l'ordonnance concoctée par l'équipe Vervoort. Elle permet aux chauffeurs autorisés à exercer au plus tard le 15 janvier 2021 de retourner au travail, pour autant qu'ils pratiquent au moins 20h par semaine.

D’après le secteur, une licence de taxi bruxellois se négocie entre 45.000 et 50.000€ en 2021.