Ne dites plus «Journées du Patrimoine» mais «Heritage Days»: MR et Défi dénoncent une «violence symbolique»

Les Journées du Patrimoine bruxelloises s’appellent désormais «Heritage Days». Objectif: cesser la référence sexiste à «l’héritage du père». Ce changement de nom ne plait ni au MR, ni à Défi.

Ne dites plus «Journées du Patrimoine» mais «Heritage Days»: MR et Défi dénoncent une «violence symbolique»

Le MR bruxellois n’en démord pas: il demande au gouvernement bruxellois de revenir à la dénomination initiale des termes «Journées du Patrimoine «et «Open Monumentendagen».

Pour rappel, l’événement se tient traditionnellement en septembre, lors du week-end de la Journée sans Voiture. Cette année, il a été rebaptisé en «Heritage Days». L’idée de Pascal Smet, Secrétaire d’état bruxellois en charge du Patrimoine, et des responsables de sa gestion, est par là d’éviter toute référence genrée tout en internationalisant la dénomination et en la dépoussiérant. Le «patrimoine» est en effet un concept qu’ils jugent «obsolète et sexiste». Le terme dérive en effet du latin «patrimonium» évoquant l’héritage du père.

Le Mouvement Réformateur regrette à ce propos le manque de concertation avec les autorités locales notamment les communes dont certaines ont exprimé des résistances.

Le chef de groupe MR au Parlement Francophone bruxellois, Gaëtan Van Goidsenhoven, dénonce plus largement le recours systématique de l’anglais par les autorités bruxelloises, ceci au détriment des langues régionales et du multilinguisme, faisant courir un risque d’uniformisation linguistique et culturelle.

Il a déposé une proposition de résolution au parlement régional demandant au gouvernement d’en revenir aux appellations francophone et néerlandophone d’origine des Journées du Patrimoine – Open Monumenten Dagen.

Les linguistes à la rescousse

Pour l’élu Libéral, il est permis de sérieusement remettre en question la conception du caractère «sexiste» du terme patrimoine. Ainsi, il n’est jamais venu à l’esprit du linguiste à la VUB Rik Vosters que ce mot pouvait faire l’objet de controverses. Pour Michel Francard, linguiste à l’UCL, si le mot patrimoine se rattache à la famille étymologique de «père», en latin, les dictionnaires du français ont progressivement donné à «patrimoine» une valeur générique, sans plus le mettre en rapport avec un sexe en particulier», de telle manière qu’il qualifie aujourd’hui des biens provenant d’un père ou d’une mère.

Une telle substitution en anglais est d’une violence symbolique d’autant plus importante que le français et le néerlandais sont précisément deux langues constitutives du patrimoine bruxellois

Cette observation rejoint celle de Wim Vandenbussche, linguiste à la VUB – également cité par le député MR -, qui explique que le mot «est rapidement devenu un terme assez neutre pour désigner le patrimoine».

Selon Marie-Sophie de Clippele, chercheuse en droit du patrimoine culturel à l’Université Saint-Louis, le terme patrimoine n’est entré dans le langage juridique que dans les années 1970-1980 en Belgique, permettant une vision plus large que le terme Monuments et sites.

Il pourrait au contraire être avancé que c’est précisément le terme «patrimoine» qui comporte une dimension plus large que «héritage», puisqu’il ne fait pas uniquement référence au passé.

Violence symbolique

«Procéder à une telle substitution en anglais – langue sans aucun lien historique avec notre Région – au détriment du terme patrimoine est d’une violence symbolique d’autant plus importante que le français et le néerlandais sont précisément deux langues constitutives du patrimoine bruxellois», a encore jugé Gaëtan Van Goidsenhoven.

Pour le député MR, cette pratique est «d’autant plus condamnable qu’elle ne constitue pas un acte isolé… Cette atteinte continue au bilinguisme régional s’apparente de plus en plus clairement à la volonté politique de déconstruire l’identité bruxelloise, historiquement multilingue», en conclut-il.

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