VIDÉO | Un site oublié qui ne cesse d’intriguer

Mont-Saint-Rahy: sous les herbes folles, un riche passé endormi. Sur les hauteurs de Bomal s’élève, au milieu d’un bosquet isolé, la chapelle dédiée à saint Rahy. Juste à côté, les restes d’une église et d’une maison forte.

Le site de Saint-Rahy, situé sur les hauteurs de Bomal (Durbuy), ne cesse d’intriguer! Que ce soit le promeneur ou les passionnés d’histoire. Au bout d’un sentier, autrefois fort fréquenté, se dresse une petite chapelle érigée au siècle dernier. À ses côtés, ne subsistent plus qu’arbres disparates et herbes folles. Tout juste peut-on encore deviner quelques fondations et pans de murs.

Il s’agit en fait des vestiges de l’ancienne église Saint Denis et de la maison forte des seigneurs de Petit-Bomal. Un ancien four à chaux, retrouvé également lors de fouilles successives, témoigne également de l’activité artisanale de l’endroit. Il faut attendre le premier tiers du XII siècle pour trouver la première mention de cet endroit mystérieux dans un document écrit. L’église de Mont-Saint-Rahy est citée pour la première fois dans une charte de 1133. «Il est permis de penser qu’à cette époque, Mont-Saint-Rahy était intégré avec Juzaine dans la seigneurie de Petit Bomal, indique André Baijot, passionné d’histoire bomalois qui a mené une série de fouilles sur le site. Pendant plusieurs siècles, Mont-Saint-Rahy en sera le centre paroissial et le curé aura sa résidence à proximité de l’édifice religieux.»

Pèlerinage et foire commerciale

Des témoignages tardifs, basés sur la tradition orale, rapportent qu’un village, entre 16 et 26 maisons, s’y serait développé. Sans doute édifiée par les moines de Stavelot-Malmédy, l’église paroissiale devient bientôt le centre d’un pèlerinage. À l’époque, elle est visitée pour obtenir la guérison d’enfants qui souffrent de langueur traînante. Quant à saint Rahy, il est inconnu au martyrologe chrétien. «On se trouve sans doute en présence d’une croyance populaire, créatrice d’un saint imaginaire et source d’une dévotion dévoyée. Quoi qu’il en soit, qui dit pèlerinage, dit marchands aux alentours!»

Parallèlement au pèlerinage, le village va connaître un développement économique puisqu’une foire s’y tenait chaque année, à la Saint-Denis, jour de la fête du patron de l’église. «L’importance commerciale de la foire qui se déroulait au Mont-Saint-Rahy, est attestée par la découverte de monnaies provenant de Flandre, de Hollande, d’Allemagne mais aussi de Champagne. Cette foire devait attirer pas mal de monde. Liégeois, Stavelotains, Lognards, Luxembourgeois de Durbuy s’y rencontraient, fraternisaient, parfois s’y querellaient: trafics, exploitation de pèlerins, turbulences…»

Le déclin de Saint-Rahy

Vers 1280, un grave incident va se produire au Mont-Saint-Rahy. Une bataille s’y déroula mettant aux prises des hommes de Gérard de Luxembourg et du prince-évêque de Liège. La dispute s’envenima au point qu’une bataille eut lieu au Mont-Saint-Rahy. Et dix années plus tard, le 17 septembre 1289, Gérard de Luxembourg, en accord avec les religieux de Stavelot-Malmédy, supprima la foire qui avait fait les beaux jours de Mont-Saint-Rahy. «C’est probablement à cette date que l’essor du Mont-Saint-Rahy se trouva brutalement stoppé. Avec la suppression de la Foire, le processus de déclin allait fatalement s’amorcer, lié peut-être aussi à l’aridité du plateau et à la mauvaise qualité de ses sols. D’autres sources disent également qu’une épidémie de peste aurait forcé les habitants à abandonner le site à l’extrême fin du XVIe siècle», conclut André Baijot.