Reprise en plein air: les clubs respirent un peu mais craignent l’asphyxie par la ventilation car «la nouvelle norme est sévère»

Le clubbing se relance ce week-end à Bruxelles avec Club Open Air. Le secteur respire, notamment grâce au Covid Safe Ticket. Mais la crise n’est pas oubliée: la nuit craint autant les variants que les dépenses à venir pour la ventilation.

Julien Rensonnet
Reprise en plein air: les clubs respirent un peu mais craignent l’asphyxie par la ventilation car «la nouvelle norme est sévère»
Le secteur bruxellois de la nuit propose plusieurs événements dès ce week-end, dont le Club Open Air à la Cité Administrative ou la soirée Hangar à l’Arena5 du Heysel. ©Rawpixel.com – stock.adobe.com

Les clubs bruxellois respirent un peu. Avec Club Open Air, la Brussels By Night Federation fédère Ville de Bruxelles et Région pour monter la structure logistique qui relancera la nuit sur 11 événements jusqu'à fin septembre.

Le secteur ne cache pas son soulagement. Mais il regarde aussi d’un air anxieux l’évolution des courbes épidémiques. Et le variant Delta n’est pas la seule épine dans le pied des DJ, clubs, collectifs et promoteurs événementiels: les nouvelles normes de ventilation risquent d’en étouffer plus d’un.

«Le Covid Safe Ticket, ça fonctionne: il n’y a pas de catastrophe mondiale»

Lorenzo Serra, vous êtes porte-parole de la Brussels By Night Association. Avec les 11 soirées de Club Open Air, le secteur entrevoit-il le bout du tunnel?

C'est un peu trop tôt pour le dire. Je suis à la fois très optimiste et très pessimiste. Côté bonnes nouvelles, il y a la vaccination qui avance bien, des contaminations en hausse mais sans répercussion sur les urgences, des événements-tests qui se déroulent sans catastrophe. On voit que le Covid Safe Ticket, ça fonctionne: il n'y a pas de catastrophe mondiale. Club Open Air, c'est aussi le signe encourageant que la Ville et la Région se positionnent sur le bénéfice qu'une métropole retire d'un monde de la nuit actif. On voit de grandes portes ouvertes avec les événements du Club Open Air, du Listen! Festival, du Hangar, du Fuse, de l'Arena5.

Et côté négatif?

On vit des ascenseurs émotionnels depuis une semaine. J'ai peur de l'expérience de Milgram: ça fait un an qu'on subit le pouvoir de la blouse blanche, elle est montée en puissance. Certains se prennent pour le Premier ministre et nous font la leçon. Bien sûr il va y avoir des retours de vacances, des contaminations au variant Delta, même si on n'en meurt pas. Face à ça, le monde de la nuit est inquiet. Il craint que la théorie de l'abri nucléaire ne se remette en route plutôt que la volonté de combattre.

Comment avez-vous sélectionné les programmateurs de Club Open Air?

L’idée de Brussels By Night, c’est de mettre une structure à disposition des opérateurs, mais pas de programmer. On veut fédérer, pas cliver. On a donc lancé un appel d’offres et 33 entités ont répondu. Un jury a sélectionné 11 projets pour autant de dates. Dans ce jury: visit.brussels, la Ville, Wallonie-Bruxelles Musiques, 24h Brussels et nous.

Il fallait que les opérateurs représentent la diversité bruxelloise. Tant au niveau musique que de l’orientation sexuelle

Quels étaient vos critères?

Il fallait que les opérateurs soient bruxellois et qu’ils représentent la diversité bruxelloise. Tant au niveau musique (hip-hop, chanson, latino, techno…) que de l’orientation sexuelle. Le monde gay et queer aussi est donc représenté.

Il y a des absents?

Ceux qui ne sont pas là, ce sont les gros clubs comme le Fuse ou le Bloody Louis, qui ont organisé leurs événements ailleurs.

Le Covid Safe Ticket entraîne-t-il des adaptations logistiques?

Il est scanné par téléphone: il faut donc s’équiper. Il faut du personnel en plus et organiser les files. On a prévu des couloirs. À ma connaissance, il n’y a pas eu de couac à la porte lors des soirées du week-end dernier, à Esperanzah ou Wecandance. Les gens font ce qu’ils doivent avant de venir. Une crainte reste: va-t-on se retrouver avec 500 personnes qui veulent entrer à tout prix?

Pouvez-vous imaginer des tests rapides à l’entrée?

On pourrait. Mais le coût est énorme en infrastructures. Nous opérons dans le tissu urbain. Nous considérons donc que l’offre en pharmacies et centres de tests est abondante. C’est leur métier. Si 400 personnes se présentent à l’entrée sans test, on n’y arrivera pas: pour l’instant, la capacité d’une personne, c’est 30 tests à l’heure. On ne veut pas donner le signal qu’il sera possible d’entrer avec un test last minute.

Pour la nuit, le Covid Safe Ticket, c’est la solution aujourd’hui. Et pour l’hiver prochain. Mais ça ne peut pas être la règle pendant 5 ans.

Les clubs n’ont pas vocation à maintenir des activités en plein air.
Les clubs n’ont pas vocation à maintenir des activités en plein air. ©BELGA

Club Open Air, ce n’est qu’un premier pas. Les clubs intérieurs ne sont pas encore rouverts…

Pour la nuit, le Covid Safe Ticket, c’est la solution aujourd’hui. Et pour l’hiver prochain. Mais ça ne peut pas être la règle pendant 5 ans.

Il va falloir ventiler.

La nouvelle norme de ventilation est mentionnée dans l’arrêté ministériel du 28 juillet. Outre le timing de promulgation, la nuit regrette que la mesure n’ait pas été concertée. Le taux de CO2 dans l’air y est limité à 900 ppm (parts par million) dès le 1er septembre (*). C’est sévère. Toute la nuit est contre. Bien sûr, il faut ventiler. On sait qu’on doit améliorer la qualité de l’air des établissements. Mais il faudra du temps et de l’argent, les permis… Ça ne se fera pas en 3 minutes et ça signifie la mort pour les établissements qui n’y arriveront pas. Les boîtes n’ont plus d’argent en caisse. Or, la plupart espèrent rouvrir entre le 1er septembre et le 1er octobre.