Inondations à Goyet: «J’ai mis mon pantalon et je me suis enfui»

La rivière du Samson s’est déchaînée jeudi avant de se retirer dans la nuit. Elle laissera une trace indélébile dans la vallée.

Jérôme Noël
Inondations à Goyet: «J’ai mis mon pantalon et je me suis enfui»
Les voitures ont été emportées à Goyet par la rivière du Samson. ©ÉdA – Florent Marot

C'était un film sans fin, jeudi, pour tous les habitants de la vallée du Samson. La rivière s'est retirée un première fois dans le courant de l'après-midi. «Nous sommes sortis sur la route pour prendre des nouvelles de nos voisins, commente Christine. Nous avons improvisé une petite fête (rires). Nous avions besoin de relâcher la pression.» Mais deux heures plus tard vers 19h, la joie est retombée et le Samson s'est à nouveau déchaîné. «Le niveau de l'eau est remonté à une vitesse incroyable. Nous avons cru que ça ne s'arrêterait jamais.»

En fin de soirée et durant la nuit, la rivière s'est enfin retirée des habitations et de la route. Au petit matin, c'était l'heure de faire les comptes. «Nous avons sorti nos raclettes, nos torchons et évacué l'eau. Le plus possible. Mais nos murs, nos meubles, nos fauteuils au rez-de-chaussée sont détrempés. Tout est mort, comme nos voitures. Heureusement, nous avons pu nous réfugier à l'étage.»

De plus en plus catastrophique

Un peu plus bas dans la vallée, entre la chaussée de Gramptinne et la rue des Comognes à Goyet, les torrents ont dévasté les maisons des deux côtés de la route. Une voiture a été emportée et s'est retrouvée sur le capot d'une Porsche. C'est à cet endroit que le torrent était le plus fort. Laurent, qui habite la maison du coin, a réussi à quitter son domicile avant que l'eau ne commence à monter, dans la nuit de mercredi à jeudi. «À 5h, j'ai mis mon pantalon, mes chaussures, et je me suis enfui. Il y avait un tourbillon qui se formait autour de la maison. J'ai eu la chance de pouvoir m'échapper par l'arrière car, devant, la porte était déjà bloquée.» Il est revenu chez lui vendredi. Il est désemparé, désorienté face à cette catastrophe. À l'intérieur, il y a de la boue partout. Tous les meubles ont valsé, les fenêtres ont explosé.

Deux pas avant, la maison d'Élie et Aurélien a également subi d'importants dégâts. Eux, ils ont été pris au piège par les torrents à 5h du matin. Ils se sont réfugiés à l'étage jusqu'en début d'après-midi. «J'ai entendu du bruit, je me suis levé et j'ai vu que le chien était à l'étage, raconte Aurélien. C'était anormal. Je suis descendu et j'ai vu le mètre d'eau. J'ai juste eu le temps de sauver mon deuxième chien qui s'était mis en hauteur dans la salle à manger.»

L'autre problème, pour en rajouter une couche, c'est l'absence de réseau dans ce coin de la vallée. «Sans courant, les communications étaient mortes. Nous n'avions plus accès à rien de la nuit. On s'imagine alors plein de trucs, comme la ville de Namur sous eau!» Aurélien et Élie ont finalement réussi à capter le wifi chez le voisin qui avait encore de l'électricité. «Nous avons pu rassurer nos proches.» Ils ont finalement été évacués jeudi dans l'après-midi par les pompiers. «Nous sommes revenus aujourd'hui (lisez vendredi, NDLR). Nous n'aurions jamais imaginé une telle catastrophe puisque, même si le Samson passe juste derrière la maison, il n'y a jamais eu que quelques flaques dans le jardin…»