Qui était Marie Popelin, la Bruxelloise qui balance en page d’accueil de Google ce 16 décembre?

«La femme est autre chose qu’épouse et mère, elle peut aussi avoir des aptitudes spéciales qu’elle doit avoir le droit d’appliquer»: c’est ainsi que Marie Popelin défend la création de la Ligue belge du droit de femmes. Alors que Google offre sa page d’accueil à cette figure féministe bruxelloise, on revient sur ce destin capital et hors du commun.

J. R.
Qui était Marie Popelin, la Bruxelloise qui balance en page d’accueil de Google ce 16 décembre?
L’avocate et féministe Marie Popelin en page d’accueil de Google le 16 décembre 2020 dans un dessin signé de l’illustratrice belge Émilie Timmermans. ©Google – Émilie Timmermans

C'est à une féministe iconique de l'histoire belge que Google offre son Doodle ce 16 décembre. Le logo du moteur de recherche est redessiné par l'artiste belge Émilie Timmermans pour saluer les 174 ans de Marie Popelin. Née en 1846 à Schaerbeek et morte en 1913 à Ixelles, celle-ci est en effet la première femme doctrice en droit de Belgique. Mais malgré ce grade obtenu en 1888, les juridictions ne lui feront jamais prêter serment d'avocate. C'est évidemment son genre qui est la cause de ce refus. Ce qui donnera lieu à l'«affaire Popelin» et donnera naissance à la Ligue belge du droit des femmes, en 1892.

Mais le féminisme de Marie Popelin ne commence pas avec ce diplôme. En effet, avec sa sœur Louise, tout aussi célèbre pour être la première étudiante en médecine de l’ULB, elles enseignent dès 1870 à la première école secondaire pour filles fondée par Isabelle Gatti de Gamond.

Après un détour par d’autres écoles, dont certaines où elle est directrice, Marie Popelin entame des études en droit en 1883. Il n’y a alors que 3 ans que l’ULB a ouvert ses cours aux femmes. Mais ses études, loin de la faire accéder aux prétoires, mènent à une des plus célèbres controverses de l’histoire juridique belge: «l’affaire Popelin».

«Le maintien et la cohésion de la famille»

La volonté de Marie Popelin de devenir avocate a donné lieu à une des plus célèbres controverses de notre histoire judiciaire.
La volonté de Marie Popelin de devenir avocate a donné lieu à une des plus célèbres controverses de notre histoire judiciaire. ©Domaine public

Wikipédia relate que la demande de Popelin de prêter serment d’avocate est refusé le 12 décembre 1888. Pourtant, aucune loi n’interdit expressément l’accès de la profession aux femmes. Quel est donc le motif de la cour d’appel? Elle affirme simplement que jamais une femme n’a exercé profession d’avocate. Et que rien ne le prévoit: si rien n’indique qu’une femme peut être avocate dans la loi de 1810 qui organise l’ordre, alors aucune femme ne peut en faire partie. Le plus cuisant est sans doute ce rappel du «statut d’incapacité juridique de la femme dans le Code civil»: la mission du sexe féminin, c’est «se vouer corps et âme à sa tâche, assignée par nature, qui comprend le maintien et la cohésion de la famille». Marie Popelin «ne peut donc point assumer la tâche de représentation des citoyens». Pourtant, la Bruxelloise de 42 ans est… célibataire et sans enfants. Ne reste plus à Marie Popelin que de prémâcher la tâche pour ses collègues d’un cabinet d’avocats, dont elle prépare les dossiers qu’ils défendent au barreau.

La femme est autre chose qu’épouse et mère, elle peut aussi avoir des aptitudes spéciales qu’elle doit avoir le droit d’appliquer. Elle a le droit au respect et ne peut être considérée comme satellite de l’homme

Ce revers ne fait que motiver les féministes. Wikipedia nous apprend encore que sur cette expérience sont en effet jetées les bases de la Ligue belge du droit des femmes, en 1892. Marie Popelin est de sa fondation avec sa sœur Louise et son avocat Louis Frank, mais aussi Isala Van Diest, première femme universitaire et médecin de Belgique, le recteur de l’ULB Hector Denis et la militante féministe Léonie La Fontaine et son frère Henri, avocat. Pour expliquer l’objectif de cette première association féministe belge, Popelin dira que «la femme est autre chose qu’épouse et mère, elle peut aussi avoir des aptitudes spéciales qu’elle doit avoir le droit d’appliquer. Elle a le droit au respect et ne peut être considérée comme satellite de l’homme». En 1905, Popelin réunira divers organes représentant les femmes belges au sein de Conseil national des femmes belges.

Même pas à titre posthume

Un timbre a l’effigie de Marie Popelin, sorti en 1975 l’Année internationale de la Femme.
Un timbre a l’effigie de Marie Popelin, sorti en 1975 l’Année internationale de la Femme. ©DR

Surtout, les 20 premières années d’existence de la Ligue provoquent des avancées majeures. Ainsi, depuis 1900, elles peuvent déposer et retirer de l’argent à la Caisse d’épargne; depuis 1908, la recherche de paternité est autorisée; et depuis 1909, les femmes peuvent exercer la tutelle et faire partie des conseils de famille.

Marie Popelin meurt en 1913. Elle ne verra donc jamais aucune femme belge devenir avocate. Ce n’est en effet qu’en 1922 que la loi le leur permettra. Mais avec le consentement du mari! Il faudra attendre 1976 pour faire sauter cette ultime survivance du patriarcat du XIXe siècle. Outre une rue à son nom à Saint-Josse depuis 2008 et une école à Evere depuis 2019, Marie Popelin est commémorée par une plaque au Palais de Justice de Bruxelles. Elle salue son action en faveur du droit des femmes à exercer comme avocates. Mais ironiquement, le conseil de l’Ordre refuse toujours de l’intégrer, même à titre posthume.