Le Métropole, seul 5 étoiles indépendant de Bruxelles, va fermer: Eisenhower, de Gaulle, Einstein ou Toots l’ont fait vivre; le coronavirus l’a achevé

PHOTOS, VIDEOS & ARCHIVES | Hoover et Eisenhower, Adenauer, de Gaulle, le Shah d’Iran, Guitry ou les scientifiques Einstein et Marie Curie: autant de grands noms logés jadis au Métropole. Alors que le palace de De Brouckère annonce sa fermeture, l’hôtellerie bruxelloise s’inquiète. Il s’agit de la 1re victime du Covid-19 dans l’économie de la capitale.

- Des premières mesures de confinement ont été décidées pour la Belgique le 12 mars. Les mesures ont été renforcées à partir du 18 mars , prolongées le 27 mars jusqu'au 19 avril et encore prolongées le 15 avril jusqu'au 3 mai.

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- Au niveau politique, Sophie Wilmès a prêté serment le 17 mars pour un gouvernement de pouvoirs spéciaux.

- Numéros utiles: tous les ressortissants belges qui se retrouvent coincés dans un pays étranger peuvent contacter le call center du SPF Affaires étrangères au 02/501.40.00 (de 9h à 20h, heure belge). Pour tout autre question, afin de désengorger les postes de garde de médecine générale, une ligne spéciale a été mise en place: 0800/14 689 (entre 8h et 20h).

- Mais aussi:le site web www.info-coronavirus.bele et le compte Twitter du SPF Santé.

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L’Hôtel Métropole «se trouve dans une situation apparaissant sans issue». C’est ainsi que la direction du mythique hôtel de la place De Brouckère annonce ce 22 avril ce qui se profile de plus en plus certainement comme une fermeture.

Le palace de 1895, fondé par la famille de brasseurs Wielemans-Ceuppens, est ainsi la première victime de marque du secteur économique bruxellois à succomber au coronavirus. «En raison des difficultés structurelles rencontrées depuis près de 5 ans et de la conjoncture actuelle, la société ne dispose plus des ressources financières nécessaires pour assurer la poursuite de l’exploitation de son activité hôtelière, espérer un redressement et assurer une pérennité à son activité», se résout la SA Hôtel Métropole, «contrainte d’envisager la cessation définitive de son activité hôtelière».

La concurrence peut bénéficier d’un support organisationnel et financier ainsi que des économies d’échelle offerts par un grand groupe.

L’Hôtel Métropole se présente comme «un des derniers grands hôtels bruxellois encore indépendants, détenu par des actionnaires familiaux. Il est le seul hôtel 5 étoiles de Bruxelles à ne pas appartenir à une chaîne internationale», avance le communiqué diffusé ce 22 avril. Ce qui a sans doute aussi pesé dans la balance dans un secteur «où la concurrence peut bénéficier d’un support organisationnel et financier ainsi que des économies d’échelle offerts par un grand groupe».

Attentats, piétonnier, covid-19: c’en est trop

Le chantier du piétonnier à De Brouckère est une des explications avancée par la direction du Métropole pour justifier la fermeture du palace.
Le Métropole, c’était aussi une terrasse mythique et un café qui l’était tout autant.

Et la direction de revenir sur la suite d’événements qui ont précipité ce dénouement malheureux: «En 2015, l’hôtel subit l’impact des attentats terroristes perpétrés à Paris, puis des attentats à Bruxelles en 2016. Par après, les travaux autour du piétonnier et de la station de métro ont eu un impact de grande ampleur sur l’activité de l’hôtel. Privé durant plusieurs mois d’un accès pour les véhicules, confronté pendant une longue période à un trou devant ses portes et aux nuisances sonores des divers chantiers environnants, l’hôtel a beaucoup perdu en attractivité, tant pour les particuliers (terrasse et hôtel) que pour les organisateurs d’événements professionnels», rappelle le Métropole.

On apprend ainsi que «depuis 2015, l’hôtel a connu cinq années consécutives de pertes nettes. L’année 2020 devait s’annoncer plus fructueuse avec la clôture des travaux liés au piétonnier mais cet espoir de redressement s’est effondré ces mois de mars et avril par suite de la pandémie du coronavirus». Or, la SA qui gère l’établissement voit persister ses dettes. «Les réserves sont épuisées et ne permettent pas d’affronter une période de déconfinement totalement incertaine», argue-t-elle.

Le personnel déjà consulté

Ainsi, la SA Hôtel Métropole «est aujourd’hui contrainte d’envisager la cessation définitive de son activité hôtelière». Les représentants du personnel en ont été informés ce 22 avril lors d’un Conseil d’entreprise extraordinaire. «L’ensemble des 129 salariés pourrait être concerné par le licenciement collectif qui en découlerait», apprend-on. Face à l’émoi que génère cette annonce, la direction promet «dès à présent consulter le personnel pour définir ensemble les solutions ou mesures qui pourraient être apportées ou prises».

Le hall est classé.
La cabine d’ascenseur est en acajou.

Sa présence a permis de conserver à la place une grande part de son rayonnement en dépit des excès tout proches de bruxellisation que lui ont fait subir les constructions du Centre administratif de la Ville de Bruxelles et de la tour Philips dans les années ‘60.

Il aura fallu attendre 2002 pour que les pouvoirs publics et en particulier la jeune Région bruxelloise procèdent au classement de ses éléments les plus significatifs, soit les façades à rue et toitures et la plus grande partie de son rez-de-chaussée: le café du Métropole, les vestibules de deux de ses entrées, le hall, l’escalier monumental, la rampe, la gaine en fer forgé et la cabine d’ascenseur en acajou, la salle du petit-déjeuner et la réception qui fut autrefois une grande salle des fêtes de style néo-Renaissance italienne, et le bar.

Le Shah, Toots Thielemans, Einstein et... Clara Luciani

Willem Draps, alors secrétaire d’État en charge du patrimoine, justifia cette décision de la manière suivante: «Certains grands hôtels européens exercent une fascination particulière. Parmi eux, l’Hôtel Métropole dégage une atmosphère Belle époque caractéristique: richesse architecturale, décor exotique dû à Alban Chambon, chaleur des salons. Les quelques modifications qu’il a subies au cours des ans n’ont véritablement jamais altéré le rayonnement de ce palace sur la place De Brouckère».

Sur ce cliché de 1911 pris lors du 1er Congrès Solvay au Métropole, on distingue Marie Curie (2 à droite au premier rang) et Albert Einstein (2e à droite debout).
 Albert de Belgique, alors prince, Paola et Audrey Hepburn lors d’un gala au Métropole en 1959. (BELGA ARCHIVES)

Le Métropole a toujours accueilli de nombreux événements nationaux et internationaux, tel que le Premier Conseil de Physique Solvay qui rassembla de grandes personnalités dont Einstein, Marie Curie, Poincaré. Actuellement, l’établissement compte toujours pas moins d’onze salles de réunion, conférences et autres événements.

Il joua un rôle non négligeable dans la préparation et l’organisation des événements liés à l’exposition internationale de Bruxelles de 1958.

Des acteurs, des têtes couronnées, chefs d’état et politicien(ne)s y ont séjourné. On citera les présidents américains Hoover et Eisenhower, le chancelier allemand Konrad Adenauer (à partir de 1’ dans la vidéo ci-dessous, où l’on suit son arrivée en 1954 dans une foule rassemblée à De Brouckère), le Général de Gaulle, le Shah d’Iran, Sacha Guitry ou encore Yehudi Menuhin. Toots Thielemans fit ses débuts dans l’orchestre de jazz qui jouait au café.

Plus récemment, la nouvelle coqueluche de la chanson française Clara Luciani, Victoire de la Musique 2019 de la meilleure interprète féminine, y avait tourné en avril 2019 le clip de son tubesque «Nue», devant la caméra du clipeur bruxellois Brice VDH. Un tournage qui placera encore davantage le palace de De Brouckère dans l’histoire de la musique.

«La première victime du Covid 19»: près de 130 pertes d’emploi

Le front commun syndical CGSLB-FGTB-CSC craint que l’annonce de cessation de l’activité hôtelière du palace Métropole à Bruxelles ne soit pas la dernière tant le secteur horeca est mis à mal par la crise coronavirus. Comme lui, le secrétaire de la Brussels Hotels Association, Rodolphe Van Weyenbergh, attend de la Région bruxelloise, mais aussi du gouvernement fédéral, des mesures de soutien fortes afin de pérenniser les entreprises du secteur.

«Fragilisée par une succession d’événements qui maintiennent les chiffres dans le rouge depuis cinq ans, l’institution de la place De Brouckère à Bruxelles est la première victime du Covid 19», a jugé le front commun syndical CGSLB-FGTB-CSC dans un communiqué commun.

Selon celui-ci, les 92 ouvriers et 37 employés vont perdre leur emploi, la direction n’envisageant pas de repreneur pour cet hôtel installé dans un bâtiment classé qui impose de lourdes contraintes en matière de rénovation.

La nouvelle ne nous surprend pas, en revanche elle nous déçoit énormément!

«La nouvelle ne nous surprend pas, en revanche elle nous déçoit énormément! La direction profite de la crise pour prendre cette décision de fermeture», ont souligné les délégués du personne, regrettant que la direction n’ait laissé le temps pour une reprise de l’activité.

Le Métropole: la première victime d’une longue liste? C’est ce que craint le secteur.

Comme le front commun syndical, le secrétaire général de l’association des hôtels bruxellois BHA, Rodolphe Van Weyenbergh craint que cette annonce de fermeture ne soit pas la dernière du genre tant le secteur horeca est mis à mal par la crise coronavirus. Il attend de la Région Bruxelles-Capitale et du gouvernement fédéral des mesures de soutien «urgentes et fortes» aux trésoreries des hôtels.

Selon lui, les difficultés de celles-ci ont commencé bien avant le confinement, soit déjà à la fin du mois de février lorsque la pandémie a déjà fortement ralenti le tourisme international dont les hôtels bruxellois dépendent à 85%.

Les coûts fixes des hôtels sont colossaux, même à l’arrêt. Pour un établissement d’une centaine de chambres, il faut compter 30.000 à 70.000€ par mois.

Elle ne lui assurera une reprise que longtemps après le début du déconfinement, pour la même raison.

«Or, les coûts fixes des entreprises hôtelières sont colossaux, même à l’arrêt. Pour un établissement d’une centaine de chambres, il faut compter une dépense de 30.000 à 70.000 euros par mois, hors loyer et crédit hypothécaire. Il est également impossible d’imaginer un report d’activités et de charges. À n’en point douter, le secteur horeca sera le plus touché par la crise», a-t-il souligné, interrogé par l’agence Belga.

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