Interpellation d’un ancien enquêteur soupçonné de manipulation d’enquête

Le parquet fédéral confirme mercredi l’interpellation de Philippe V., un ancien enquêteur de la cellule Delta chargée des investigations sur les tueries du Brabant. «Il n’y a aucun élément neuf. Il s’agit plutôt de fermer des portes», indique la porte-parole du parquet fédéral Wenke Roggen. Selon le parquet fédéral, le suspect aurait au minimum dissimulé certaines informations, potentiellement cruciales, pour l’enquête.

Interpellation d’un ancien enquêteur soupçonné de manipulation d’enquête

«Je peux confirmer que P.V. a été intercepté pour interrogatoire et qu’il a été privé de liberté», indique la porte-parole du parquet fédéral. «Il n’y a aucun élément neuf. Il s’agit plutôt de fermer des portes. Il est actuellement interrogé par la police.»

Il n’est pas encore confirmé que le suspect sera conduit devant la juge d’instruction de Charleroi Martine Michel.

Son avocat, Walter Damen, n’était pas joignable dans l’immédiat pour une réaction.

L’interpellation est à mettre dans le contexte de la découverte d’armes ayant servi aux tueries en novembre 1986 à Ronquières (Hainaut). Dans les années 80, Philippe V. était membre de la cellule d’enquête Delta, sous la direction du juge d’instruction de Termonde Freddy Troch.

Des preuves retrouvées dans le canal

Le 6 novembre 1986, des sacs ont été découverts dans le canal Bruxelles-Charleroi à Ronquières avec des preuves reliant les armes découvertes aux tueries du Brabant. Un gilet pare-balles, une arme à feu volée à un policier et des munitions ont ainsi été extraites des eaux. Les recherches avaient été effectuées par la cellule Delta sous la direction du juge d’instruction Freddy Troch. Précédemment, d’autres enquêteurs avaient déjà procédé sans succès à des fouilles similaires au même endroit.

L’examen des preuves, demandé en 2009 par le juge d’instruction, a montré que les objets trouvés, encore en bon état, venaient d’être jetés à l’eau peu de temps avant leur découverte. Les enquêteurs ont d’abord suggéré que les pièces retrouvées par la cellule Delta «n’étaient pas dans l’eau depuis plus d’un mois avant leur découverte», suivant ainsi le rapport d’expert de l’INCC (Institut National de Criminalistique et de Criminologie). L’année dernière, le procureur fédéral a précisé que les sacs étaient «dans l’eau moins de 24 ou 48 heures» avant leur découverte.

La deuxième commission d’enquête à propos des tueries du Brabant avait déjà établi que la manière dont la deuxième plongée à Ronquières s’était déroulée n’était pas claire. «Au cours des audiences, il est apparu que les enquêteurs avaient effectué un certain nombre de démarches dont les magistrats n’avaient été informés ni avant ni après. À ce jour, le juge d’instruction Troch reste fidèle à la version indiquant que la cellule Delta a réussi ses investigations car les PV ont été examinés de manière approfondie et les plongeurs du génie de Burcht ont fouillé le site de manière systématique», indique le rapport de la commission, qui évoquait déjà une possible manipulation des enquêteurs.

V. a toujours affirmé que cette fouille avait été réalisée dans le cadre d’un travail policier classique. En 1997, il avait ainsi déclaré devant le Parlement avoir examiné un certain nombre de déclarations évoquant l’amateurisme de la première fouille.

«Il avait jeté les armes»

«Un indic aurait alors précisé à V. où il avait jeté les armes», écrit De Standaard. Si cet informateur existe réellement, la cellule d’enquête souhaite l’identifier et rapidement l’interroger, ajoute le quotidien flamand. V. a à nouveau été interrogé en 2013 sur les manipulations possibles de l’enquête.

Le juge d’instruction Troch n’a pour sa part pas souhaité réagir à l’interpellation de Philippe V.. En octobre dernier, il avait toutefois affirmé que le dossier n’avait pas été manipulé par la cellule Delta. «Où est la manipulation de la cellule Delta? Nous avons retiré (du canal) ce qu’il y avait dedans», avait déclaré M.Troch à Belga.

Après deux commissions d’enquête et trois décennies de recherches, les auteurs de cette vague de braquages et d’assassinats commis entre 1982 et 1985, qui ont fait 28 morts, dont des enfants, n’ont toujours pas été identifiés. L’intention des tueurs du Brabant n’a jamais été déterminée non plus.

Le ministre de la Justice, Koen Geens (CD&V), a déclaré à la mi-2018 que «d’ici trois ans», il y aurait un procès concernant les tueurs du Brabant. Le délai de prescription, qui a été prolongé de dix ans, prendra fin en 2025.

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