Avec deux «r» et deux «n»: d’où vient le nom du viaduc Herrmann-Debroux?

Le viaduc Herrmann-Debroux est sur toutes les lèvres. Mais d’où vient son nom en deux mots? Petit retour en arrière dans l’histoire de la commune d’Auderghem.

Avec deux «r» et deux «n»: d’où vient le nom du viaduc Herrmann-Debroux?
Au début de son existence, l’avenue Herrmann-Debroux traverse un terrain marécageux. Ses maisons sont démolies dans les années 70 pour laisser place à «l’impériale» du viaduc. Et seules subsistent aujourd’hui bureaux et entreprises. ©Photo News - Christophe Licoppe
Julien Rensonnet

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«Herrmann», avec deux «r» et deux «n». Le mot résonne dans toute la Belgique depuis la fermeture du viaduc qui en est baptisé. Mais alors que tout le monde peut désormais épeler son orthographe aussi piégeuse qu’une heure de pointe matinale, on peut se demander d’où vient ce nom.

Le viaduc Herrmann-Debroux a reçu son patronyme d'après celui d'un ancien bourgmestre d'Auderghem (1912-1921): Carl Herrmann-Debroux. Il ne vous aura pas échappé que l'homme portait deux «noms de famille». Or, l'époque n'était pas vraiment au partage des lignées sur la carte d'identité. L'histoire de ce doublet est en fait assez originale et vaut d'être racontée. La voici telle qu'on en trouve la trace dans un répertoire des noms de rue d'Auderghem.

 Carl Herrmann-Debroux, bourgmestre d’Auderghem de 1912 à 1921.
Carl Herrmann-Debroux, bourgmestre d’Auderghem de 1912 à 1921. ©Commune d’Auderghem

Carl Henry Herrmann est né à Saint-Josse en 1877. Il est le fils de Frédéric Herrmann, importateur d’origine allemande (cela aura son importance) et de Louise Michaux, dont le père est un agent de change qui compte à Bruxelles. Ce dernier a une résidence à Auderghem, qui bien sûr à l’époque, reste très campagnarde. Il y possède aussi quelques anciens bâtiments ayant appartenu au prieuré de Val Duchesse: on le comprend, Carl est né notable et c’est à Auderghem qu’il passe sa jeunesse, d’autant que ses parents héritent de la propriété. Qui sont vendus à la mort de Frédéric en 1913.

Un patronyme trop germanique?

Carl devient avocat et se présente comme candidat libéral aux communales de 1907. Élu, il devient échevin en 1912. L’écharpe maïorale lui revient la même année, à la mort de son prédécesseur Charles Dietrich.

Entretemps, Carl Herrmann épouse Jeanne Debroux. Voilà le deuxième composant du sobriquet de «notre» viaduc actuel. Et bien sûr, la guerre survient en 1914. L’homme anime l’aide aux personnes en détresse et le réapprovisionnement de la population. Il fait aussi entrer Auderghem dans «l’agglomération bruxelloise» de l’époque, comme sa voisine de Watermael-Boitsfort, ce qui facilite l’aide de guerre.

Dès 1915, Carl Herrmann ajoute un «Debroux» patriotique à son nom dans sa signature.
Dès 1915, Carl Herrmann ajoute un «Debroux» patriotique à son nom dans sa signature. ©Urba.be / Louis Schreyers

Malgré tout, le climat est difficile pour un bourgmestre avec un patronyme et une ascendance germanique marqués comme des «r» grasseyés à Berlin. C’est de cette époque que date son changement de nom. Sur les rapports du collège échevinal, sa signature mute tout à coup en Carl Herrmann-Debroux. Vous devez y voir un réflexe patriotique: impossible de le soupçonner de sympathie avec l’ennemi. Et tant pis pour nos contemporains qui prendront «Herrmann» pour un prénom et «Debroux» pour un nom de famille. Ou pour les cartographes de la STIB qui abrégeront le tout en un «H. Debroux» plus facile à imprimer sur plan.

En 1921, Herrmann-Debroux perd les élections. Il quitte Auderghem avec sa femme en 1936 où il décède en 1965, à l’âge respectable de 87 ans.

Maisons rasées

Mais son nom apparaît dans la toponymie auderghemoise bien avant sa mort. Le 20 juin 1925 exactement. Un fait étonnant, dû au bourgmestre Gustave Demey. Lui-même voulant donner son nom à une autre rue, il n’ose pas négliger son rival politique. À l’époque, l’avenue baptisée «Herrmann-Debroux» est loin du viaduc actuel, même fissuré. Elle traverse un terrain marécageux. Et relie, comme en 2017, le boulevard du Souverain et la chaussée de Wavre.

Les premières maisons bâties sont rasées dans les années 70 pour planter l’ouvrage d’art en 1973, qui hérite du même nom. L’avenue Herrmann-Debroux garde son nom et devient la première chaussée «à impériale» d’Auderghem. La station de métro éponyme s’y ouvre en 1985.

Transformé pendant le premier conflit mondial, le nom symbolise aujourd’hui la «guerre» bruxelloise contre ses infrastructures vieillissantes. Appelées elles aussi à muter.