Deux squelettes entiers retrouvés dans le chantier du Parvis de Saint-Gilles

Deux squelettes entiers ont revu le ciel dans le chantier de réaménagement du Parvis de Saint-Gilles. Ils étaient enterrés dans ce qui était jadis un cimetière. Les ossements vont être étudiés pour dresser le profil de ces Saint-Gillois vieux de 3 siècles.

Julien Rensonnet

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Surprise ce 27 septembre pour les ouvriers qui travaillent à la transformation du Parvis de Saint-Gilles: en creusant les trous destinés à accueillir les arbres au pied de l’église, ils sont tombés sur un os. Et même plusieurs puisque ce sont deux squelettes entiers qui émergent de la boue du chantier juste devant la Brasserie Verschueren. L

es Monuments et sites bruxellois ont donc dépêché une équipe d’archéologues pour en savoir plus. On retrouve les scientifiques affairées autour des ossements, des petits sachets de plastiques et instruments de mesure disséminés près de ce qui s’avère être une tombe.

Sylvianne Modrie, archéologue à la Direction des Monuments et Sites: «l’église était évidemment entourrée d’un cimetière».
Sylvianne Modrie, archéologue à la Direction des Monuments et Sites: «l’église était évidemment entourrée d’un cimetière». ©EdA - Julien RENSONNET

Sylvianne Modrie, vous êtes archéologue à la Direction des Monuments et Sites, le service public bruxellois chargé du patrimoine archéologique. Des ossements sous le parvis de Saint-Gilles, c’est une surprise?

Vu la taille du creusement nécessaire pour planter des arbres, de 5m sur 3 et 3m de profondeur, pas vraiment. On est en effet au pied de l’église et comme toutes les églises, celle-ci était entourée d’un cimetière. Du moins jusqu’à ce que ceux-ci soient déplacés hors des villes pour des raisons hygiéniques. Dès les premiers coups de pelles, les ouvriers ont découvert ces restes. Pas bien profondément, à 1m du trottoir à peine.

De quand datent ces squelettes?

Les murs retrouvés sous le parvis ne sont pas de briques (ici en blanc à l’avant-plan): ils sont donc médiévaux.
Les murs retrouvés sous le parvis ne sont pas de briques (ici en blanc à l’avant-plan): ils sont donc médiévaux. ©EdA - Julien RENSONNET

Les murs retrouvés sont médiévaux car ils ne sont pas faits de briques. Mais ces ossements ne remontent pas aussi loin. On a retrouvé de la céramique dans la tranchée qui date de fin XVIIe début XVIIIe. Les restes humains sont probablement contemporains. Ceci dit, si on creusait plus profondément, on retrouverait sans doute des restes datant du Moyen Âge.

Qu’est-ce qui explique leur bon état de conservation?

Ils sont en effet complets, des pieds à la tête et on a même décelé des traces de cercueil. On a cependant ôté les crânes car ils sont monnayables. Leur état s’explique par le fait que le terrain a peu changé: les abords d’une église sont généralement préservés du bâti. Ce qui étonne, c’est l’orientation des corps: ils sont orientés nord-sud alors que dans la liturgie catholique, on oriente vers l’est. C’est sans doute dû à la densité du cimetière: quand on n’a pas de place, on réorganise.

Sait-on déjà quelque chose sur le profil de ces deux personnes qui vivaient à Saint-Gilles il y a trois siècles?

Ce qui est sûr, c’est que les places juste autour de l’église valaient cher. Ce devait être des personnes relativement importantes. L’étude dans les laboratoires d’anthropologie de l’Institut des Sciences naturelles va nous en dire plus. Les squelettes vont être sortis et mesurés dans tous les sens pour déterminer leurs sexes, leurs âges, s’ils étaient porteurs de maladies... L’étude des parasites aidera. Ainsi, si on détermine qu’ils avaient la goutte, on saura qu’ils ont vécu dans l’opulence et qu’ils étaient donc de bonne naissance. On a déjà prélevé de la terre autour du pelvis: l’analyse en labo déterminera éventuellement s’ils étaient bien nourris.

Et après?

Généralement, on conserve les ossements dans les collections des Monuments et Sites. Mais on peut aussi envisager un «deal» avec la Commune pour les réinstaller dans leur lieu de sépulture originel. Dans ce cas, on aménage une caissette en béton qu’on peut par exemple réenfouir lors de travaux de chauffage dans l’église.

De tels squelettes à Bruxelles, c’est rare?

On a beaucoup d’églises et de paroisses donc pas tant que ça. Je dirais qu’on en déterre un ou deux par an.