Cognac, champagne, pressing, kiné...: au BSF, «les extras exigés par les artistes peuvent dépasser la moitié de leur cachet»!

Les artistes, même débutants, n’hésitent plus à se faire plaisir dans les backstages des festivals. Au BSF, on refuse de faire les courses pour des alcools à 150€. Le directeur Denis Gerardy estime que les organisateurs devraient s’unir pour s’opposer à ces excès prohibitifs.

Julien Rensonnet
Cognac, champagne, pressing, kiné...: au BSF, «les extras exigés par les artistes peuvent dépasser la moitié de leur cachet»!
Les exigences des stars de la musique dépassent souvent la simple bière en gobelet servie aux festivaliers. Le directeur du BSF estime qu’une alliance des organisateurs pourrait être salvatrice. ©BELGA

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La bouffe en festival: un poème sans cesse renouvelé, écrit par les scripts de l’émission «Cauchemar en cuisine». Du moins pour le public, car les artistes et leurs suiveurs ont généralement des exigences plus raffinées.

Tous ne demandent pas monts et merveilles. Ainsi, sur ce BSF 2017, on ne serait pas étonné de croiser les Bruxellois de Mountain Bike au bar du commun des festivaliers, dans le parc Royal, assortissant leur pils en gobelet d'un burger crapuleux. D'accord, mais entre poire et fromage, le festival urbain invite d'autres noms ronflants. Venus rassasier le public de son pop-rock, Jain, Orbital, Puggy, Feist, Akro, Pet Shop Boys, Henry PFR ou The Jesus and Mary Chain doivent aussi casser la croûte.

Ces petits gueuletons en backstage, Denis Gerardy en soulève souvent la cloche. S’il avoue ne pas saluer les artistes directement, le directeur du BSF aime bien sonder leurs entourages. «On soigne très fort le catering et l’hébergement. Car le ressenti positif des artistes est bon pour Bruxelles et bon pour le BSF. Car dans le milieu, les conditions d’accueil dans les festivals se savent très vite».

Alors que le festival ouvre sa première scène extérieure du Mont des Arts ce 9 août, et que les plus grosses signatures débouleront place des Palais ce week-end, on ausculte la carte avec le chef.

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«4 bouteilles de champ’ pour un seul artiste»

Denis Gerardy, directeur du BSF, estime que soigner l’accueil des artistes au BSF est bon pour Bruxelles.
Denis Gerardy, directeur du BSF, estime que soigner l’accueil des artistes au BSF est bon pour Bruxelles. ©Reporters / STG

Denis Gerardy, que boit-on au bar des artistes du BSF?

On met un point d’honneur à proposer de la bière belge aux artistes. Et pas nécessairement bruxelloise. La pils, c’est simplement celle de la marque à laquelle on est liés. Cette année, mon équipe insiste aussi pour qu’on serve du vin bio. Certains de mes collaborateurs aiment bien...

Acceptez-vous les demandes spécifiques, qui ont la réputation d’allier excentricité, luxe et excès?

On n’accepte pas tout non, car tout ça a un coût. Les cachets sont élevés et le BSF n’est pas là pour faire les courses ou offrir des bouteilles plusieurs centaines d’euros. Je dois dire que ces petits à-côtés du cachet deviennent de plus en plus lourds à supporter. C’est une fâcheuse tendance.

C’est une constante?

Les organisateurs de festivals le déplorent tous. On est de plus en plus souvent surpris par les demandes d’extras qui nous parviennent une fois le contrat signé. Bien sûr, personne ne nous oblige à verser un cachet qu’on trouve excessif, mais certains ont ensuite des demandes qui dépassent la moitié de celui-ci! Entre organisateurs, on devrait se réunir pour établir une ligne commune: il faut stopper l’inflation de ces coûts qui se répercutent in fine sur le public.

De quel genre d’extra parle-t-on?

Du cognac à 150€, 4 bouteilles de champagne pour un seul artiste, du pressing, du repassage, un kiné sur place en permanence, du matériel technique supplémentaire... Parfois, le contrat stipule 14 personnes et c’est un groupe de 20 qui débarque d’on ne sait où. Et toutes ces demandes ne dépendent pas du statut de l’artiste: des «petits jeunes» à peine débarqués ont parfois des exigences démentielles.

Globalement, la nourriture jouit d’une attention particulière au BSF?

La qualité des repas en hausse, ce n’est pas un truc dans l’air du temps: c’est un état de fait dans la société. On y participe, dans les loges ou pour le public puisque nous sélectionnons les food-trucks présents avec soin. 40 d’entre eux sont répartis sur nos sites: ce sont des entrepreneurs de qualité et locaux. De même, on propose des produits équitables et on tente de limiter le gaspillage. On assure d’ailleurs une redistribution des plats non consommés via des structures d’aide aux plus démunis.