Le BSF se plante pour 10 jours: «Nos artistes n’imaginent pas jouer un jour devant Buckingham ou l’Élysée»

Au BSF, on joue devant le Palais Royal. Mais accueillir 125.000 festivaliers et près de 100 artistes sur les 4 scènes plantées en centre-ville d’une capitale ne se fait pas d’un claquement de doigts. Alors que le festival s’ouvre ce 6 août, son directeur esquisse les piliers de cette architecture délicate.

Julien Rensonnet
Le BSF se plante pour 10 jours: «Nos artistes n’imaginent pas jouer un jour devant Buckingham ou l’Élysée»
Le site du BSF impose, comme aux Francofolies ou aux Lokerse Feesten, des mesures d’organisation particulières. Les riverains du Mont des Arts, par exemple, y sont invités. ©BELGA

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«Le BSF est un cas unique en Europe. Aucun autre festival payant n’a lieu dans le cœur historique d’une capitale. Les artistes nous le disent eux-mêmes: ils n’imaginent pas jouer devant Buckingham Palace ou l’Élysée. Ça fait partie du surréalisme belge».

Le BSF se plante pour 10 jours: «Nos artistes n’imaginent pas jouer un jour devant Buckingham ou l’Élysée»
©BSF

Denis Gerardy ne s'en cache pas: il savoure de voir s'échafauder les scènes devant le Palais royal. Mais accueillir les 125.000 festivaliers du Brussels Summer Festival (BSF) en plein centre-ville reste une gageure pour le directeur et son organisation. Le challenge semble plus ardu que pour un festival «classique». Vous pensez bien: au milieu des champs, qu'ils soient brabançons ou hennuyers, il n'y a ni trams, ni navetteurs, ni touristes chinois.

Après l’avoir programmé, Denis Gerardy est aux commandes depuis 2013 d’un festival qui a démarré sous l’étiquette gratuite d’Eu’ritmix sur la Grand-Place en 2002. Le directeur dresse pour L’Avenir les piliers que les roadies, les stewards, les programmateurs et les bénévoles doivent enfoncer chaque été pour planter le BSF dans le jardin du Roi Philippe.

Privatisation

Les accès restent libres entre les scènes.
Les accès restent libres entre les scènes. ©Reporters / QUINET

«Bien sûr, les scènes sont privatisées: il faut un bracelet payant pour y accéder. Cependant, aucune autre voirie, dont celles qui relient place des Palais et Mont des Arts, n’est fermée. On ne peut pas confisquer des lieux publics aussi longtemps. La Ville nous impose donc un énorme cahier des charges».

Prix

«Depuis l’origine, la Ville souhaite nous voir accessibles au plus grand nombre. ça ne signifie pas que le festival doit être gratuit. Mais il reste abordable. Les pass 10 jours se vendent aux alentours de 7€ par jour en prévente: c’est très bon marché. Il n’est pas question d’en arriver à 120€ par soir pour une quelconque star: c’est un peu une question d’ordre moral».

Voisinage

«Bien sûr, le voisin le plus proche de la place des Palais ne dort pas souvent chez lui. Plus sérieusement, il n’y a pas énormément de riverains autour de la grande scène. Par contre, le quartier du Mont des Arts, où la seconde scène est plantée, est plus habité. Nous sommes extrêmement soucieux des normes de bruit à ne pas dépasser pour la quiétude des riverains. Nous les informons des désagréments, comme les concerts, mais aussi le parking ou les rues fermées. Enfin, nous les invitons au festival pour qu’ils en profitent sur site plutôt que de le subir depuis leur salon».

Mobilité

 Le BSF travaille main dans la main avec la police et la STIB.
Le BSF travaille main dans la main avec la police et la STIB. ©BELGA

«Fermer les rues à Bruxelles, c’est jamais facile. D’autant que les secours doivent pouvoir passer partout. Ceci dit, l’été, il y a quand même moins de fonctionnaires et de navetteurs. On travaille main dans la main avec la police, qui assure une présence discrète sans peser sur le public. Bien sûr, on dévie des bus en partenariat avec la STIB, mais les trams on ne peut pas...»

Sécurité

«On est en centre-ville depuis 15 ans et je pense qu’en tant que festival urbain, le BSF souffre moins des mesures post-attentats que ses homologues de la campagne. Nous sommes établis aux frontières de ce qu’on appelle “ la zone neutre ”. Aussi, on répond depuis le début à des normes de sécurité drastiques. Bien sûr, on a renforcé les mesures l’an dernier, mais pas autant que d’autres, dans les plaines. Ainsi, les bénévoles ne peuvent plus scanner les tickets ou garder des accès: on doit recourir à des agences pros. Les soirs où les 4 scènes sont ouvertes, on tourne autour de 100 personnes sur le site. Comme aux Francofolies, aux Lokerse Feesten ou aux Gentse Feesten, la sécurité est donc un gros poste budgétaire chez nous. Elle représente 13% d’un budget qui s’élève à 2,6 millions d’euros. les artistes restent évidemment la plus grosse part de ce budget avec 45%».

Les vigiles sont omniprésents sur le site du BSF: on en compte jusqu’à 100 lorsque les 4 scènes jouent. Le poste «sécurité» s’élève à 13% du budget.
Les vigiles sont omniprésents sur le site du BSF: on en compte jusqu’à 100 lorsque les 4 scènes jouent. Le poste «sécurité» s’élève à 13% du budget. ©BELGA

Technique

Le BSF se plante pour 10 jours: «Nos artistes n’imaginent pas jouer un jour devant Buckingham ou l’Élysée»
©BELGA

«Nous louons les deux grandes scènes principales à la société belge StageCo, qui équipe Werchter ou les tournées de gros artistes américains. Ils nous livrent des podiums sur mesure, conçus avec des architectes, car leur volume doit entrer au millimètre sur la place des Palais (ci-contre) ou au Mont des Arts. Là aussi, ça coûte beaucoup plus cher qu’une scène clef sur porte pour les festivals de prairie: au BSF, la technique grimpe à 25% du budget».

Camping

«Nous n’organisons pas de camping. D’abord parce que les soirées finissent tôt: les afters durent jusqu’à 1h du matin au plus tard. Ensuite parce qu’il y a beaucoup de parkings dans le coin. Enfin, parce que le camping s’adresse surtout aux jeunes et que Bruxelles dispose de nombreuses auberges de jeunesse. Elles font d’ailleurs le plein pendant le BSF. J’ajouterais deux choses. D’abord, implanter un camping à Bruxelles imposait de le décentraliser et d’organiser d’éventuelles navettes de bus: très compliqué et très coûteux. Ensuite, je ne souhaite pas une fête permanente sur le site de camping avec des festivaliers qui arrivent tard au concert, voire pas du tout. Je ne dis pas qu’il n’y aura jamais de camping au BSF mais pour l’instant, c’est notre choix».

 Illustration du premier jour du BSF l’an dernier.
Illustration du premier jour du BSF l’an dernier. ©BELGA

Bénévoles

Les bénévoles du BSF ne peuvent plus scanner les tickets.
Les bénévoles du BSF ne peuvent plus scanner les tickets. ©Reporters / QUINET

«Désormais, les bénévoles ne peuvent plus s'occuper de sécurité. Placer un jeune sur une sortie de secours, c'est interdit. Comme au scanning des tickets, qui doit être assuré par des vigiles professionnels. Pour le reste, nous employons 600 bénévoles que nous engageons via la structure Rock the City, l'asbl bruxelloises qui recrute les bénévoles pour les grands événements comme Bruxelles les Bains ou Plaisirs d'Hiver, mais aussi pour le Palais 12. Ils reçoivent un pass bien sûr, mais aussi un t-shirt et des souvenirs. En octobre, nous les réunissons pour une soirée. Leurs missions: entretien, promo, achats, bars...»