Les dockers anversois dans les piquets avec les cheminots: à quoi s’attendre lundi à Bruxelles?

La CGSP Cheminots bruxelloise annonce «le renfort» des tristement célèbres dockers anversois dans les piquets prévus pour la grève tournante de lundi 8 décembre. «Aucune violence ne sera tolérée», croit bon d’ajouter le syndicat, qui compte bien aimanter les trains sur place. La STIB aussi sera à l’arrêt.

Julien Rensonnet
Les dockers anversois dans les piquets avec les cheminots: à quoi s’attendre lundi à Bruxelles?
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«Les trains doivent être soudés aux rails».

La régionale bruxelloise de la CGSP Cheminots est résolue: ce lundi, aucun train ne circulera sur le chemin de fer bruxellois. «Nous avons distribué 12.000 à 14.000 tracts: les voyageurs sont au courant», prévient Abdelmajid El Atrouss, délégué CGSP de l’atelier TGV de Forest, qui organisera un barbecue devant son lieu de travail dès dimanche soir 21h.

Voyager vers et dans Bruxelles sera donc mission impossible puisque la mobilisation à la STIB est aussi annoncée comme pléthorique. De plus, Bruxelles Mobilité annonce d'ores et déjà certains barrages à l'embouchure des autoroutes, notamment à Delta. L'aéroport de Zaventem, enfin, risque de tourner au ralenti.

On fait le point sur les actions prévues. Et on vous le conseille: par route, rail ou air, n'essayez peut-être pas de gagner Bruxelles lundi...

Les dockers anversois dans les piquets avec les cheminots: à quoi s’attendre lundi à Bruxelles?

SNCB: «Aucun train ne roulera, quitte à descendre sur les voies»

Philippe Dubois, vous êtes Secrétaire régional de la CGSP Cheminots. Vous prévoyez quoi, lundi, pour la grève tournante bruxelloise?

Un blocage total de Bruxelles, en front commun. C’est très clair. Aucun train ne doit circuler. Nous organisons des piquets devant les gares du Nord et du Midi et les cabines d’aiguillages. Et si d’aventure certains trains s’avancent vers Bruxelles, ça sera une grosse erreur parce qu’on les bloquera aussi. Quitte à descendre sur les voies.

Vous annoncez «un renfort» des dockers anversois…

Ils nous soutiennent par solidarité. Ce sont des travailleurs comme les autres qui ont été stigmatisés après les dérives de quelques-uns. Mais que ce soit clair: nous ne tolérerons aucune violence. Pas question de troubles: nous serons vigilants.

Le message n’est pas toujours clair: pourquoi cette mobilisation?

La dotation de la SNCB est rabotée de 663 millions sur 5 ans. Dans le même temps, la dette va atteindre 4 milliards. Ce n’est rien moins que la mise à mort de la SNCB. On attaque aussi le saut d’index et les mesures sur les pensions. Un accompagnateur va devoir travailler 9 ans de plus avec une pension moindre.

C’est le spectre de la privatisation du rail, aussi, vous inquiète?

Quand le CEO, Jo Cornu, commence dans un courrier aux syndicats à comparer la SNCB à la Sabena, il y a de quoi s’inquiéter. C’est un cri d’alarme. Par économie, il envisage de supprimer les trains qui n’embarquent pas 50 voyageurs. Et si la privatisation arrive, tout le monde sera perdant. Il suffit de voir le prix exorbitant de certaines lignes privatisées en Angleterre… Nous avons la chance de conserver un rail national, de service public. Or, la N-VA essaye de briser ça: elle ne rêve que de la régionalisation.

Le voyageur de son côté, risque une nouvelle fois de se sentir «otage»…

Mais avec cette diminution de moyens, c’est aussi sa sécurité qui est en jeu. Infrabel annonce qu’elle ne pourra plus entretenir certaines lignes. Il y aura moins de personnel, plus de stress, davantage d’erreurs possibles. On se bat donc aussi pour le voyageur.

Vous resterez mobilisés pour le 15 décembre? Et après?

Pour le 15, c’est le même dispositif. Si le Gouvernement ne fait pas marche arrière, on imaginera des actions «typiquement cheminots». Il faudra compter avec les cheminots.

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STIB: «Rien ne roulera, ni en surface, ni dans le métro»

Robert Timmermans, vous êtes délégué permanent de la CSC Service public à la STIB. Vous prévoyez quoi, lundi, pour la grève tournante bruxelloise?

La grève totale avec des piquets de grève devant chaque dépôt. Au niveau surface (bus et trams, NDLR), rien ne roulera. Dans le métro, pareil: tout le monde risque de suivre le mot d’ordre. Et une part des employés aussi risque de participer, ce qui est plutôt rare. Ils sont conscientisés. Et le 15, pour la grève générale, ça sera identique.

Les raisons du mouvement ne sont pas toujours bien comprises: pourquoi vous mobilisez-vous?

On n’est pas des fous furieux: on sait que la Belgique doit faire face à des déficits à droite et à gauche. Mais nous sommes arrivés à une situation où le choc bancaire est toujours répercuté sur les mêmes. Les travailleurs commencent à le comprendre. Je ne suis pas contre les cadeaux fiscaux aux employeurs, mais pour créer de l’emploi. Or, quand on fait le bilan, on voit que les mesures censées favoriser l’emploi sont toujours utilisées pour «récupérer les marges bénéficiaires».

Vous regrettez aussi le changement de règle dans les mesures de crédit-temps.

Au départ, le but était d’allonger les carrières tout en créant de l’emploi. Là, on veut le supprimer lorsqu’il est sans motif et rehausser l’âge limite à 60 ans en fin de carrière. Tout ça risque d’avoir des répercussions sur le budget social, qui va exploser. Tout comme l’absentéisme. Car la productivité augmente, mais les moyens humains pas.

Comme souvent, certains usagers risquent de se sentir «otages».

Franchement, nous ne sommes pas contre les usagers. Mais hélas, les grands combats se mènent toujours dans la rue. Alors d’accord, certains risquent d’être ennuyés. Nos excuses aux étudiants en examen, notamment. Mais croyez-nous, on respecte la clientèle. On le fait pour eux.

Et si rien ne change après le 15?

En Belgique, on a toujours eu des concertations. Il faut passer par là. Or ici, le Gouvernement nous reçoit pour dire «merci d’être venu, mais on ne touchera pas au cadre». On doit se mobiliser. Sinon, quand les mesures seront passées, ceux qui disent que «la grève, c’est emmerdant» seront les premiers à nous demander où étaient les syndicats.

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Retards et annulations à l’aéroport: contactez votre compagnie

Si Brussels Airport reconnaît qu’il est encore difficile d’évaluer les effets des actions de grève, les mouvements des 8 et 15 décembre «affecteront les transports publics et privés et les activités sur le site aéroportuaire avec pour conséquence des retards et annulations possibles», estime l’aéroport.

Les personnes qui souhaitent prendre l’avion les 8 et 15 décembre sont dès lors invitées à contacter leur compagnie aérienne ou leur agence de voyages «afin de connaître l’état de la situation et de prendre les meilleures décisions quant à leur voyage.»

Entre 55 et 60.000 passagers transitent en principe par l’aéroport de Zaventem lors d’un lundi de décembre. Ce nombre ne sera toutefois pas atteint ces 8 et 15 décembre en raison d’une série d’annulations de vols et du fait que des voyageurs ont décidé de revoir leurs plans en perspective des actions syndicales.

A l’heure actuelle, 40 vols initialement prévus ce lundi 8 décembre ont déjà été annulés à Brussels Airport, ce qui représente environ 3.000 passagers.

À Lille, Charleroi, Liège ou Ostende

Thomas Cook a pour sa part prévu que deux vols devant décoller de Zaventem lundi partiraient de Lille, en France, et a prévenu ses clients concernés. Des mesures similaires seront prises le 15 décembre. Jetairfly indique sur son site que ses vols de lundi seront effectués à partir d’autres aéroports (Charleroi, Liège, Ostende et pour les vols long-courriers Amsterdam/Schiphol). Des autocars ont été prévus dans les deux cas pour le transfert.

L’aéroport indique encore que d’autres actions sont susceptibles de toucher les voyageurs de Brussels Airport. Il s’agit d’une grève annoncée pour le 11 décembre par un syndicat de conducteurs de trains de la SNCB, et qui risque de priver l’aéroport d’accès par voie ferroviaire, et d’une action de grève du zèle de la police fédérale, le 12 décembre, qui pourrait occasionner des difficultés lors des contrôles frontaliers hors Schengen.

«Brussels Airport continuera d’informer via ses canaux de communication et suivra de près l’évolution pour mettre quotidiennement ses communications à jour», conclut l’aéroport.

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Des piquets dans 300 entreprises

Des piquets de grève seront tenus devant plus de 300 entreprises, lundi en Région bruxelloise, a annoncé jeudi Nic Görtz de la CSC. «La mobilisation s’annonce assez forte», ajoute Audrey Lhoest de la FGTB Bruxelles.

«Pour les commerces, des piquets sont prévus devant la plupart des magasins des grandes enseignes, à savoir Delhaize, Carrefour, Cora, Match, Mediamarkt, Brico, Inno,…», détaille le syndicat socialiste. «Il y aura des piquets de grève devant des hôpitaux. Certains fonctionneront donc au ralenti, mais toutes les urgences seront bien entendu traitées normalement. Il y aura des piquets devant les principales agences bancaires, dont Axa et ING. Dans l’industrie, tout devrait être à l’arrêt: Audi, Mercedes, BMW,… La grève sera particulièrement bien suivie dans l’enseignement, avec beaucoup de piquets devant les écoles. Il y aura aussi des piquets devant les bureaux de poste et devant Belgacom.»

Des blocages ne sont pas exclus dès 05h00. A priori, Delta pourrait être touché ainsi que les sorties vers les zonings en direction de l’aéroport. La CSC a pour consigne de concentrer ses forces sur le blocage des entreprises afin de privilégier les discussions aux piquets.

Philippe Van Muylder, secrétaire général de la FGTB Bruxelles, se rendra avec des militants en matinée à divers piquets de grèves symptomatiques de problématiques particulières. La plateforme «Hart Boven Hard» fera également une tournée des piquets de grève.

La CSC convie les militants à 13h00 au Beursschouwburg, rue Auguste Orts. Des speechs, dont celui du président de la CSC Marc Leemans, sont prévus vers 14h00. «Avec le saut d’index, le retard de l’âge de la pension ou le démantèlement de la sécurité sociale, on bascule vers un changement de modèle de société», dénonce Nic Görtz. «Les grèves vont crescendo. Cela laisse augurer le meilleur pour le 15.»

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