Nucléaire: l'impérative ligne claire

C’est désormais officiel : tant les ménages que les entreprises pourront encore bénéficier d’électricité produite par des centrales nucléaires après l’horizon 2025.  Tihange 3 et Doel 4, les deux réacteurs les plus récents du parc nucléaire belge, seront à nouveau exploités pour dix ans, entre 2026 et 2036.

Guillaume Barkhuysen
Guillaume Barkhuysen
Tihange 3 et Doel 4 seront bien prolongés. Mais à quel prix? ©Jacques Duchateau

Ceux qui craignaient, à juste titre, un déficit en matière d’approvisionnement énergétique peuvent donc pousser un «ouf» de soulagement.

Hélas, cet accord arraché au forceps et dont les contours restent encore flous, illustre parfaitement l’existence d’un problème en matière de cohérence politique, comme l’a démontré notre enquête sur les véritables raisons du fiasco de la sortie du nucléaire.

Durant vingt ans, les gouvernements qui se sont succédé ont confirmé cette sortie complète pour 2025.

Durant vingt ans, les ministres en charge de l’Énergie sont, quasi systématiquement, repartis d’une page blanche et ne sont jamais parvenus à doter la Belgique d’une véritable stratégie énergétique sur le long terme.

Durant vingt ans, il a fallu négocier, parfois sur le fil du rasoir, des prolongations de réacteurs pour faire face à de potentiels problèmes de sécurité d’approvisionnement.

Enfin, durant vingt ans, on a cru que la libéralisation du marché de l’énergie allait permettre de générer des investissements dans de nouvelles capacités de production.

De cette sortie du nucléaire avortée et de l’absence d’une véritable politique énergétique doit désormais naître un changement complet de paradigme. Il est impératif que la Belgique puisse adopter une ligne claire sur laquelle les prochains gouvernements pourront travailler.

Choix du 100 % renouvelable à l’horizon 2050, création de petites centrales nucléaires de nouvelle génération, développement de l’éolien sur terre et en mer…

Les prochaines années devront être marquées par des options précises. Un impératif qui ne sera possible que si les forces politiques choisissent de dépasser les petits jeux et les lignes de fracture idéologique dans l’intérêt du bien commun.

«Gouverner, c’est prévoir…», affirmait Adolphe Thiers, président de la République française de 1871 à 1873. Cette vieille maxime n’a sans doute jamais, dans l’histoire énergétique de la Belgique, été autant d’actualité.

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