Quand seules les armes parlent

Sur le papier, les intentions de la RDC comme du Rwanda, plongés dans un conflit larvé depuis des mois au Kivu (Congo), sont très claires: il s’agit d’imposer un cessez-le-feu dans la région, secouée par de violents combats entre l’armée congolaise et des centaines de groupes armés. L’un d’eux, le M23, jusqu’ici soutenu tacitement par le Rwanda, est directement visé par ce cessez-le-feu, qui entend pousser les rebelles à quitter le territoire congolais d’ici dimanche. Les rebelles occupent notamment la ville frontalière (avec l’Ouganda), de Bunagana, au Congo, depuis juin dernier. Et c’est depuis cette même ville que les rebelles ont déclaré, ce vendredi, qu’ils acceptaient le cessez-le-feu qu’entendent leur imposer le Rwanda comme le Congo.

Clément Boileau
Quand seules les armes parlent

Mais le M23 a-t-il l’intention de quitter Bunagana d’ici dimanche ? Vraisemblablement pas, aussi la résolution de cette partie-là du conflit semble hélas devoir passer par les armes, probablement avec l’appui de forces régionales. C’était aussi la mission de la Monusco, la force des Nations unies pour la stabilisation de la région, laquelle a échoué avec fracas, au point que la Monusco, va bel et bien quitter le pays à moyen terme. Tout au plus, il semble bien que ce cessez-le-feu ait seulement permis au Rwanda et au Congo de rétablir une forme de dialogue, alors que leur relation n’a cessé de s’envenimer ces derniers mois. Il fallait au moins cela, vu la situation humanitaire dramatique dans l’est du pays, où près de 40 000 civils ont été déplacés selon l’ONU. Il y a urgence à stabiliser l’est du pays, lequel souffre globalement sur le plan humanitaire: plus de la moitié de la population vit dans l’extrême pauvreté selon les données de la Banque mondiale, et plusieurs millions de personnes n’ont pas accès à de l’eau potable. Ce cocktail de violence et de pauvreté est explosif, quel que soit le pays qui en fait les frais. Et si la prochaine échéance électorale congolaise, prévue pour 2023, connaît des turbulences (comme ce fut le cas en 2019), il n’est pas certain que la communauté internationale, bien que consciente du danger, parvienne à éteindre l’incendie qui couve. Il est encore temps d’agir. Mais le temps presse.

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