Il y a prestige et prestige

Pour le Bureau du Parlement wallon, tout l’enjeu du rapport qui sera présenté lundi repose sur l’exigence d’une transparence (pages 2-3). Il est question d’une gestion des deniers publics presque totalement laissée entre les mains d’un seul fonctionnaire. Il est question d’un système qui lui a laissé carte blanche pour instaurer ses propres règles de management, tant sur le plan humain que comptable.

pascale serret
Personnel EdA - 06/2008 Trombinoscope 
Pascale Serret-Bragulat
Personnel EdA - 06/2008 Trombinoscope Pascale Serret-Bragulat

Le défi sera de restaurer du lien à plus d’un titre. Envers le personnel, qui n’ose pas se confier au Bureau. Envers le public, qui aura peut-être du mal à croire qu’on ne lui cache pas quelque chose.

Si ce n’est pas déjà fait, il va falloir s’attaquer à un sacré chapelet de confusions.

Confusion entre la confiance et l’aveuglement: s’il fait office de conseil d’administration du Parlement wallon, le Bureau ne se réunit que 2 heures tous les 15 jours. Il faut bien déléguer une partie de ses pouvoirs. De là à tout signer les yeux fermés…

Confusion entre la prudence et le silence. Il fallait se hâter lentement, respecter les droits du greffier, éviter que l’"affaire" prenne la tournure d’une chasse à l’homme. Mais l’absence de vraie réaction du Bureau face aux témoignages répétés des fonctionnaires du Parlement wallon reste incompréhensible. Là encore, le greffier ne pouvait que s’en réjouir et triompher: il avait la bénédiction muette du Bureau.

Confusion entre instruction dans l’intérêt général et petites luttes partisanes: on entend déjà que certains, notamment au MR, renverraient bien la balle à la présidence ou à d’autres qui ont pris des décisions avant cette législature. Comme si chaque élection valait prescription et dispensait de contrôle.

Confusion entre prestige et… prestige. Un couloir souterrain pour les députés. Une Maison des parlementaires à (peut-être) 45 millions. Sérieux ? On ne demande pas aux élus de travailler sur un tabouret de traite et une table en formica. Mais la démocratie n’est affaire ni de décor, ni d’artifice. Ne jamais oublier qu’on appelle aussi "prestige" l’illusion créée par le magicien sur scène.

En attendant, dans les couloirs du greffe, ça bosse intensément sous la houlette de la greffière ad interim (Sandrine Salmon), dans la maison depuis longtemps. "Loin du décor en carton-pâte qui donnait des illusions de bonne gestion", glisse un agent.