L'EDITO | Elon Musk, un homme d'affaires comme un autre

Comme tous les hommes d’affaires, Elon Musk a tout intérêt à mettre de son côté tous les instruments permettant d’influencer l’opinion publique ou les médias.

Clément Boileau
(FILES) In this file photo illustration taken on April 14, 2022 a phone screen displays the Twitter account of Elon Musk with a photo of him shown in the background, in Washington, DC. - Musk said on october 27, 2022, he is acquiring Twitter to enable "healthy" debate on a wide range of ideas and counter a trend in which social media splinters into partisan "echo chambers." The billionaire entrepreneur pursued the deal "because it is important to the future of civilization to have a common digital town square, where a wide range of beliefs can be debated in a healthy manner, without resorting to violence," Musk tweeted on the eve of a court-imposed deadline to finalize the $44 billion acquisition. (Photo by Olivier DOULIERY / AFP)
Elon Musk. ©AFP or licensors

Comme tous les hommes d’affaires, Elon Musk a tout intérêt à mettre de son côté tous les instruments permettant d’influencer l’opinion publique ou les médias. C’est ainsi qu’il faut comprendre son rachat, pour 44 milliards de dollars, du réseau social Twitter – un lieu autant fréquenté qu’il est décrié, à la fois puissant vecteur d’information et catalyseur des comportements les plus toxiques qui soient (populisme, haine, harcèlement, diffamation, etc.).

Qu’on ne s’y trompe pas ; quoi qu’il en dise, l’homme le plus riche du monde rachète Twitter parce que c’est bon pour ses affaires (les voitures avec Tesla et l’aéronautique et les télécommunications avec SpaceX). En cela, il n’est pas différent d’un Jeff Bezos (Amazon), rachetant le Washington Post, ou plus près de nous, d’un Bolloré, "simple logisticien" à la tête d’un empire médiatique et éditorial en France.

Mais, contrairement à ses camarades oligarques, Musk croit dur comme fer que la liberté d’expression doit être aussi étendue que possible. Aussi ne voit-il pas d’un bon œil l’attitude des médias et des grandes plateformes d’influence américaines (de Facebook à Disney, en passant par le New York Times et Google), qui mettent en place, depuis quelques années, des garde-fous destinés à limiter la diffusion de contenus haineux ou discriminants. Ce qui explique par exemple que Twitter ait supprimé le compte de Donald Trump.

Vous avez dit censure ? Pour Musk, ç’en est, et c’est intolérable. Lui semble voir le bien partout: "Une belle chose à propos de Twitter est la façon dont il renforce le journalisme citoyen: les gens sont capables de diffuser des informations sans parti pris", a-t-il expliqué une fois le rachat acté, tout en caressant les annonceurs dans le sens du poil, assurant que Twitter ne redeviendrait pas le Far West que le réseau fut à ses débuts.

En fait, on se demande si Musk connaît réellement Twitter, et plus généralement le monde des réseaux sociaux, assurément des lieux au sein desquels les utilisateurs pensent le moins par eux-mêmes, mais en fonction de leurs fréquentations, de leurs goûts et de leurs opinions déjà ancrées (et c’est bien ce qui intéresse les annonceurs, justement). Cela le concerne lui aussi, dont les messages, sur ce même réseau, se contredisent souvent d’un jour sur l’autre. Mais peut-être ne s’est-il aperçu de rien…