On ne traite pas les gens ainsi

Pas très loin de chez nous, l’avion qui devait embarquer pour le Rwanda des migrants arrivés illégalement au Royaume – Uni – et ce en vertu d’un accord passé entre les deux pays en avril dernier – n’a pas décollé mardi soir. La faute à la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), qui a jugé qu’un tel vol était contraire à la convention (des droits de l’homme, donc), signée par le Royaume-Uni (Brexit ou pas, la convention tient toujours !).

Clément Boileau
On ne traite pas les gens ainsi

Mais pour qu’une Cour juge, il faut un requérant, n’est-ce pas? Le voici: il s’appelle K.N., nous apprend le jugement de la CEDH. Il est irakien, et il est âgé de 54 ans. K.N a quitté son pays en avril dernier, il est arrivé au Royaume-Uni fin mai, non sans avoir parcouru plus de 5000 kilomètres, passant par la Turquie, puis traversant la Manche sur un bateau de fortune. K.N. a déclaré auprès des autorités britanniques qu’il se trouvait en danger dans son pays. Dans le centre de rétention qu’il a fréquenté, un médecin qui l’a examiné a émis un rapport indiquant qu’effectivement, l’homme a peut-être été torturé. Il a introduit sa demande d’asile dès son arrivée, le 17 mai, a reçu un avis d’accueil défavorable le 24 et été informé dans la foulée qu’il pouvait être envoyé au Rwanda en vertu de l’accord entre ce pays et le Royaume-Uni. Le 6 juin, il apprenait que sa demande d’asile lui était refusée et on lui signifiait son départ pour le Rwanda ce mardi, avec le dénouement que l’on sait. Ce n’est que partie remise: le Royaume-Uni doit maintenant statuer si cet homme peut, ou non, bénéficier du statut de réfugié. Et le faire sérieusement, non sur des présupposés irrationnels ou fondés sur "une enquête insuffisante", pour reprendre les mots de la Cour.