Codeco : des mesures incompréhensibles, même en retournant la question dans tous les sens

On a beau chercher à comprendre, retourner la question dans tous les sens: la décision prise ce mercredi par le Comité de concertation de fermer les cinémas, les théâtres et plus largement les espaces intérieurs dévolus aux activités culturelles, festives et récréatives relève de l’incompréhensible.

Une bizarrerie résultant d’un équilibre politique, qui pourrait prêter à sourire si elle ne sacrifiait un secteur passablement lésé depuis le début de la crise.

Le bon sens tend parfois des pièges. Mais il permet au minimum de déduire qu’un public assis, portant le masque dans des espaces bien ventilés, lors d’activités encadrées, représente un risque moindre pour la propagation du virus que tant d’autres secteurs d’activité. Diverses études ont étayé ces intuitions.

Les experts du GEMS, qui ont par le passé critiqué certaines décisions politiques jugées trop timorées, n’avaient d’ailleurs pas recommandé explicitement la fermeture des lieux de culture en préambule de ce Codeco. Plusieurs de ces scientifiques s’étonnaient hier soir de cette annonce, qui s’abat de façon arbitraire sur les théâtres et salles obscures, mais aussi sur les femmes et les hommes qui en vivent et les font vivre.

Des craintes s’expriment déjà: d’aucuns ne rouvriront peut-être pas. Au-delà de la dimension socio-économique, c’est cette culture qui divertit, émeut, pense la société, transforme le monde, offre des perspectives, dérange ou questionne qui se retrouve une fois de plus réduite au silence.

Ce n’est pas minimiser les avertissements sur le variant Omicron que de s’en indigner. Il faut aussi pouvoir reconnaître la difficulté de trouver un équilibre, entre une accalmie, la menace d’une cinquième vague, des soins de santé sur les rotules et des mesures inévitablement impopulaires.

Mais ce choix-ci semble échapper à la logique, autant qu’il interpelle par sa nature. Nous en sommes encore au stade de la fermeture complète de secteurs, en mode "on/off", vingt mois après le commencement de la crise. Cette approche ne peut qu’entraîner des frustrations et oppositions entre secteurs. De ce point de vue, le choix posé par le Codeco ne permettra vraisemblablement pas de renforcer l’adhésion aux mesures et la confiance en leur bien-fondé. Il est, de fait, malaisé de déceler du sens face à l’incompréhensible.