Le candidat de la peur

L’hypocrisie a enfin pris fin, il sera candidat au printemps prochain. Depuis des mois qu’Éric Zemmour battait la campagne hexagonale, le ton de son périple, au départ littéraire, s’était rapidement mué en tribune sénatoriale.

Le candidat de la peur

"La France n'a pas dit son dernier mot ", scandait-il ainsi non sans son habituelle assurance, paraphrasant le titre de cet ouvrage qui sauverait la France: un message à peine voilé de son fantasme racial, un message qui rejette dans l'ombre le Rassemblement national. Oui, Zemmour a donc franchi le pas, ce tout petit pas qui le séparait encore de la course officielle au fauteuil présidentiel. Sur le centre et la droite de l'échiquier politique, Macron ou Le Pen ne sont toutefois pas en panique, peut-être même se frottent-ils les mains… Car tel un paladin prêchant sur son chemin de croisade, c'est d'un air grave et sur une musique solennelle que Zemmour a déversé sa tirade. Appelant tour à tour Jeanne d'Arc, de Gaulle ou Bonaparte au bon souvenir des Français, l'homme de télé a servi ce qu'il sait faire de mieux et, aux yeux de ceux qui déjà l'adulent, ce qui plaît: dix minutes durant lesquelles il martèle; dix minutes durant lesquelles on croirait entendre Charles Martel. " Il n'est plus temps de réformer la France. Mais de la sauver." "Pour que nos filles ne soient pas voilées. Pour que nos fils ne soient pas soumis." Plus tribun que sénateur pour le coup, Zemmour multiplie les phrases chocs, les slogans, les prétendus tabous. Enfanté par une presse hexagonale devenue exagérément friande de clashs, le polémiste n'apporte pas (encore) de réponses, il dresse ses constats. Mais derrière ces envolées qui lui ont déjà valu par deux fois une condamnation pour provocation à la haine raciale, quelles seront les solutions proposées? Quel sera son programme, au-delà de la simple dénonciation de cette prétendue cabale? En se portant candidat à l'élection présidentielle, Zemmour piétine l'humanisme des Français pour mieux galvaniser la gloire d'une France archaïque. Il harangue tous ces dégoûtés du système à grands coups de formules cathartiques. Il impose la question identitaire comme unique thématique. À l'heure où la France se cherche un président rassembleur, Zemmour fait le pari de la discrimination et de la peur. Et, nous aussi, on prend peur. Peur que cette rhétorique nauséabonde ne finisse par convaincre un nombre de plus en plus grand d'électeurs.