Tu t'ennuies ? Tu ne sais rien faire ? Deviens "expert en terrorisme" !

Tu cherches un boulot médiatique qui ne réclame aucune compétence particulière et est libre d'accès ? Le métier d'expert en terrorisme est pour toi !

Xavier Diskeuve
Tu t'ennuies ? Tu ne sais rien faire ? Deviens "expert en terrorisme" !
BELGIUM MOLENBEEK ILLUSTRATIONS MONDAY BELGIUM MOLENBEEK ILLUSTRATIONS MONDAY ©Belga

A chaque foisque surviennent des attentats, des arrestations ou des perquisitions qui tournent à la fusillade (cf. Forest), surgissent comme par magie, en particulier sur les chaînes françaises d'infos en continu (où il faut meubler et meubler encore) mais aussisur nos chaînes nationalesdes "experts en terrorisme".

Alors qui sont-ils ?Parfois des avocats (enquête declients), souvent d'anciens journalistes qui, sans doute lassés de piges mal rémunérées, ont senti le filon,se sont autoproclamés "experts en terrorisme".

Ils ont mis une plaque sur leur façade, ils ont accumulé chez eux une importante "documentation" (essentiellement des numéros de Paris-Match) et ils ont acheté un complet-cravate de délégué commercial (c'est le principal posted'investissement).

Expert en terrorisme, il est vrai, c'est un chouette boulot. Il ne réclame aucun diplôme, il n'y a aucun "accèsà la profession", aucun conseil de déontologiequiaccueille des plaintesdéplorant lesdérives des experts en terrorisme (qui pourrait d'ailleurs se plaindre d'eux, à part lesterroristes eux-mêmes ?). Non, vraiment, c'est un boulot médiatique et dans la conjoncture actuelle, plein d'avenir !

Il vous permet de dire en fronçant les sourcils, comme cet expert entendu sur une chaîne française : "si j'étais à la place des terroristes, je ne resterais pas en France, je fileraisdirectement en Belgique !".

Ah ben, oui, chez nous, c'est bien connu, c'est le Bed & breakfast de tout le terrorisme mondial. On est en sécurité. Avec desétablissements et des armoires partout, à Verviers, à Molenbeek, àSchaerbeek, à Forest !Merciaux experts pour ce brillant éclairage!

C'est que pourdevenir experten terrorisme, ilne faut même pasavoir étépolicier anti-terroriste soi-même,ni même avoir fait partie des servicesde renseignement. Encore moins avoir été terroriste ou gangster (mêmesi avoir braqué des fourgons est un plus sur le CV, surtout si on est télégénique).

Le chic,si voulezcrédibiliser votrecarte de visited'expert, c'est derapidement rédiger un bouquin, compilation d'infos trouvées dans la presse ou sur le web.Trouvez un titre-choc : "Les terroristes sont parmi nous" ou "LaBelgique, plaque tournante du terrorisme", ou encore "Plongée au coeur de la nébuleuseterroriste", et le tour est joué !

L'autreoption, c'est de créer un bidulequi en impose et de s'en autoproclamer "directeur". Par exemple, l'"Observatoire du terrorisme", le "Centre d'analyse du terrorisme" ou encore le "Centrede réflexion sur la menace terroriste" (en anglais, ça frime encore plus).

Personne n'iraconstater que cet observatoire est en réalité une petite pièce de 5 mètres carré au fond d'un appartement avec une machine à café, un WC, une télé et un ordinateur.

Ce queje me demande moi, c'est : que font les experts en terrorisme pendant les périodes où il n'y a pas d'attentat ?Unerapide enquête nous révélerait peut-être qu'ils font des petits travaux d'appoint. Que l'un d'eux beurre des baguettes dans une sandwicherie. Qu'un autre est veilleur de nuit dansun hôtel. Qu'un troisième vend des assurances au porte à porte.

L'important, pour eux, c'est la flexibilité et la disponibilité. Expert en terrorisme, il faut être mobilisable dès qu'il se passe quelque chose, et répondre desuite aux sollicitations des médias. A ce moment-là d'ailleurs, vous n'avez pas le tempsd'"enquêter" vous-même sur ce quise passe puisqu'on ne cesse de vous interviewer.

Un petit stage à la "Justine Katz Academy" vous apprendrasi nécessaireà rester frais et pimpant malgré 23 heures de direct sur la même semaine.

Paradoxe: malgré tant d'expertise, jamais un expert en terrorisme n'est venu annoncer un attentatou permettre qu'ilsoit évité. Non, ils arrivent toujours après, quand la catastrophe est survenue,avant tout pourdire qu'ils "savaient" ou qu'ils "avaient prévu" ouque "des informations confidentielles de source bien informée leur étaient parvenues attestant que des choses se préparaient"."Nous savions, nous savions...", disent-ils, c'est clair,sont des marchands de "savions" !

Après quelquesannées,ils peuvent s'autogratifierdu titreronflant d'expert "international" en terrorisme.Ungradequi ne reposesur rien,maisqui permetd'augmenterles tarifs !