« Que l’emploi cesse d’être un marché »

En janvier dernier, Charles Ducal a été sacré poète national. Tout au long de l’année, il écrit des poèmes en lien avec l’actualité qui sont publiés dans L’Avenir et De Morgen.En cette veille de 1e mai, cet artisan des mots louvaniste a décidé tout naturellement de nous entretenir du travail à travers une fable dont la conclusion appelle à une gestion plus humaine de l’emploi.

Charles DUCAL
« Que l’emploi cesse d’être un marché »
Charles Ducal ©Merlijn Doomernik

CHANT DU TRAVAIL

Jamais l'arbre n'a porté tant de fruits
mais les temps sont durs, dit le seigneur.
Il retire deux échelles, les cueilleurs
restants récoltent jour et nuit.

Jamais greniers ne se sont mieux remplis
mais la part des cueilleurs se réduit.
Ils ont beau cueillir plus vite, plus longtemps,
leur labeur au seigneur pèse autant.

Ailleurs on grimpe à l'arbre affamé
et on descend le ventre creux.
Le seigneur aperçoit la lueur d'un gain:
le verger est arraché.

Un autre est planté en des terres lointaines
En guise d'adieu, chaque cueilleur reçoit
un beau panier de fruits. Les temps sont durs
quand au bas de l'échelle un homme est en pleurs.

Sans arbre un cueilleur est une main
immobile suspendue en l'air
où tombe une obole chaque matin.
Une obole rend fainéant, estime le seigneur.

Sur quoi il envoie son prêtre proclamer la Parole
qui fait du cueilleur désœuvré un pécheur
et l'exhorte à se mettre en quête
d'un arbre. Il doit bien en rester un.

Morale:
Que l'emploi cesse d'être un marché,
et chacun pourra travailler.

(Ce texte est traduit du néerlandais par Pierre Géron, Danielle LOsman et les autres membres du Collectif de traducteurs de Passa Porta)

Tous les détails sur les origines du poète national se trouvent ici.