Réinventer le facteur

Il y a quelques années, on aurait annoncé aux facteurs qu’ils allaient devoir relever des compteurs d’électricité, ils en auraient perdu leur képi.

Réinventer le facteur
Nathanaël Jacqmin ©EdA - Jacques Duchateau

On aurait eu droit à une levée de boucliers et l’administrateur général (on ne parlait pas encore de Top Manager à l’époque) aurait été sommé de s’excuser pour cette ineptie.

Aujourd’hui, quand le patron de bpost, Johnny Thijs, annonce tout de go que les facteurs pourraient être amenés à remplir certaines fonctions pour les compagnies d’assurance ou effectuer des relevés pour les compagnies d’électricité, d’eau ou de gaz, aucun remous, aucune menace de débrayer. On a même le sentiment que cette nouvelle évolution du métier de facteur va passer… comme une lettre à la poste.

L'objectif déclaré de Johnny Thijs est clair. «Aller de la boîte aux lettres à la porte d'entrée.» Une déclaration qui dans un autre temps aurait été prise comme une provocation.

Aujourd’hui, cette idée saugrenue ne surprend pas les syndicats qui semblent résignés à sauver ce qui peut encore l’être pour éviter que l’entreprise ne sombre complètement. Même accepter de transformer fondamentalement le métier emblématique de facteur en un Rémy Bricka du service de proximité à la collectivité.

L’entreprise publique postale, cotée en bourse depuis juin dernier, est confrontée à une baisse constante du courrier à distribuer alors que la productivité des travailleurs ne cesse de croître.

Ajoutez à cela la réduction de la rémunération contractuelle payée par l’État belge pour les services d’intérêt économique général et vous comprendrez la morosité qui règne dans les rangs des travailleurs et des syndicats.

Dans les années quatre-vingt, la Belgique comptait encore 60 000 postiers. Dans quatre ou cinq ans, ils ne seront plus que 20 000.

«Cela va devenir impossible à tenir humainement », prévient André Blaise, secrétaire permanent à la CSC-Transcom, prêt à négocier avec la direction pour garantir l'emploi des 13 000 contractuels qui risquent de tout perdre en cas de nouvelle phase de restructuration.

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