Cartes

C’est la semaine où on apprend que la Belgique est un château de cartes. C’est le plus grand joueur de poker menteur institutionnel de toute l’histoire du pays qui le dit.

Catherine ernens
Cartes
Catherine Ernens ©EDA

On a nommé Jean-luc Dehaene.

Il a raison. Ce pays tient sur des accords en carton. Une bourrasque nationaliste, et tout vole par terre. Un «détail» ôté, l’équilibre entre ministres francophones et flamands, et tout s’écroule. Dans un château de cartes, la stabilité des cartes plus hautes dépend de la stabilité des cartes en dessous Mais… un nommé Bryan Berg, «empileur de cartes professionnel», affirme au contraire que plus il y a de cartes placées dans une tour, meilleure est sa stabilité. Selon lui, les cartes plus hautes pèsent sur les plus basses, augmentant ainsi la friction. Cela permet à une partie de la structure de rester debout même si une autre s’effondre. Donc? Et si on adoptait la stratégie de la friction qui correspond bien à notre vécu nord-sud? Le château de Jean-Luc a vécu. Les tours régionales sont de plus en plus hautes. La Flandre, et les partis qui rament à contre-courant de la N-VA, ont besoin qu’on retire une carte maîtresse? Pourquoi pas, au point où on en est.

En attendant, Le poker menteur institutionnel est au point le plus chaud. La 6e réforme de l’État va devoir étaler ses cartes, facture comprise. Et ça coince.

Depuis vingt ans, on a mis des points de colle (pas forte) partout pour faire tenir le bazar. Et depuis lors, les cartes ont été battues et rebattues.

Tenez : depuis cette semaine, c’est poker menteur dans tous les partis. On voit glisser des cartes sous la table. Tout le monde lorgne sur le jeu de l’autre. On joue à tous les étages : à Bruxelles, à Namur, partout. Et soudain un as de pique fédéral s’abat pour contrer un roi de cœur régional qui ramènera quelques reines au Parlement bruxellois… Quelques «va-tout» s’abattent déjà. Une ville nouvelle en Wallonie (Benoît Lutgen, cdH). Haro sur les coupes files à Walibi (Philippe Courard, PS). Les partis flamands tentent de reprendre le paquet sur lequel Bart De Wever, un peu fatigué, reste assis. Le cdH et Écolo s’arrachent les cartes au centre. Le MR et le PS ne se quittent plus des yeux. La partie est terrible. Elle va durer une année entière.

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