Un nouveau château de Saint-Emilion se retire du classement

Ce prestigieux classement est de plus en plus contesté, notamment devant la justice, pour ses critères de sélection.

AFP
 Le château La Gaffelière, 1er Grand Cru Classé B de Saint-Emilion, a annoncé la semaine dernière  qu’il se retirait du prestigieux classement décennal, devenant le quatrième grand nom de l’appellation bordelaise à rejeter ce système de plus en plus contesté. Le château Croque-Michotte lui emboîte le pas.
Le château La Gaffelière, 1er Grand Cru Classé B de Saint-Emilion, a annoncé la semaine dernière qu’il se retirait du prestigieux classement décennal, devenant le quatrième grand nom de l’appellation bordelaise à rejeter ce système de plus en plus contesté. Le château Croque-Michotte lui emboîte le pas. ©AFP

Le château Croque-Michotte, grand cru classé jusqu’en 1996, a annoncé mardi son retrait du prestigieux classement décennal des vins de Saint-Emilion, rejoignant plusieurs grands noms de l’appellation bordelaise qui ont rejeté ce palmarès dont la nouvelle mouture est prévue pour septembre.

L’Inao (Institut national de l’origine et de la qualité), l’entité en charge du classement, "s’est enferré dans les erreurs d’il y a 10 ans: c’est un classement des sociétés et pas un classement des vins, à destination des investisseurs et pas des consommateurs", a dénoncé à l’AFP Lucile Carle, gérante adjointe de Croque-Michotte, un château qui avait déjà demandé, sans succès à ce jour, l’annulation du palmarès 2012 devant la justice administrative.

Ce prestigieux classement, révisable tous les dix ans, garantit d’importantes retombées commerciales, financières et médiatiques aux châteaux primés mais est de plus en plus contesté, notamment devant la justice, pour ses critères de sélection, accusés d’accorder trop de place à des "éléments secondaires" (notoriété, accueil du public...) au détriment des "fondamentaux" (terroir, dégustation...).

Pour ces raisons, plusieurs poids lourds historiques de l’appellation Saint-Emilion: les châteaux Ausone, Cheval-Blanc, Château Angélus, puis La Gaffelière, ont déjà annoncé qu’ils ne postuleraient pas au prochain palmarès.

"On a été dégusté par des amateurs", a dit à l’AFP Alexandre de Malet Roquefort du château La Gaffelière, dont la famille dirige depuis 300 ans ce château, qui produit 80.000 bouteilles annuelles sur 22 ha et figurait dans le classement de Saint-Emilion depuis ses débuts en 1955.

A l’origine de son mécontentement, une convocation devant les instances du classement pour s’expliquer sur son terroir et ses dégustations, mal notés avant la publication du palmarès 2022.

"Notre terroir n’a pas changé depuis 1955!", s’est exclamé M. de Malet Roquefort, accusant "d’incompétence" les dégustateurs qui ont mieux noté son millésime 2013, "le pire depuis 20 ans", que ses grandes années. "On n’avait pas envie de se défendre", a-t-il ajouté.

Exportant dans le monde entier, ces grands noms prestigieux du Bordelais ne craignent pas le retrait du classement. "On pourrait vendre deux fois notre volume, la marque prévaut sur tous les classements, elle est tellement forte qu’on n’a pas d’inquiétude du point de vue commercial", souligne M. de Malet Roquefort.