Les femmes jouissent plus après 40 ans

Tefina, un viagra féminin, est en train de voir le jour. Il est censé permettre aux femmes d’atteindre l’orgasme. Une femme sur cinq n’y arrive pas.

C.E.
Les femmes jouissent plus après 40 ans
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Pascal De Sutter, vous êtes psychologue et sexologue à l’UCL. Un médicament qui offrira l’orgasme aux femmes, c’est bien ? Vous y croyez ?

Ce n’est pas la première fois qu’on tente de mettre au point un médicament qui s’adresse aux femmes. Mais rien n’a vraiment bien fonctionné jusqu’ici. Le viagra masculin, utilisé par des femmes, permet un engorgement du clitoris, comme une érection. Mais les femmes ont estimé que ça ne changeait pas tant leur plaisir.

Pourquoi ?

Les femmes ont souvent plus de problèmes de désir que d’orgasmes. Le fonctionnement sexuel d’une femme, encore plus que celui d’un homme, ne dépend pas seulement de facteurs physiologiques mais aussi de facteurs psychologiques.

Les femmes qui n’atteignent pas l’orgasme sont-elles nombreuses ?

Environ 20% des femmes n’atteignent pas l’orgasme avec leur partenaire. Parmi ces 20%, beaucoup parviennent au plaisir par l’auto-stimulation. Mais il y a une grande différence entre se toucher seule et faire l’amour à deux.

L’orgasme n’est donc pas qu’un problème mécanique.

Non. Il faut évidemment un minimum de bons stimuli. Si l’homme éjacule après deux minutes, c’est évident que la femme ne peut pas jouir. Mais au-delà, la femme doit pouvoir interpréter positivement ses sensations. Énormément de femmes, inconsciemment, interprètent négativement leurs sensations. Elles se sabotent involontairement parce qu’elles sont complexées, angoissées, parce qu’elles ne se sentent pas jolies, trop grosses… Un médicament ne changera pas ça.

Que faut-il ?

Le plaisir féminin est une balance entre le bien-être, l’excitation, d’une part, et la culpabilité, les complexes, d’autre part. Pour atteindre l’orgasme, il faut que la balance penche du bon côté. Un médicament qui permet de ressentir plus de sensations peut, dans ce cadre, être positif.

Cette course à l’orgasme à tout prix fait partie de notre époque…

Il y a une époque où l’orgasme féminin était carrément mal vu. Au XIXe siècle, les femmes n’avaient jamais de plaisir. Aujourd’hui, une femme qui n’aime pas le sexe est considérée comme anormale. Dans une société de loisirs et de plaisir, la sexualité est censée être épanouissante pour chacun.

L’accès au plaisir est donc une préoccupation de notre époque ?

Non. Depuis l’Antiquité, les femmes et les hommes expérimentent des aphrodisiaques pour augmenter leurs sensations. Mais, autrefois, c’ était réservé à une élite de la société qui avait de l’énergie à consacrer à la sexualité. Aujourd’hui, tout le monde veut pouvoir accéder à l’orgasme.

L’âge fait-il décliner l’accès au plaisir pour les femmes ?

Non, au contraire. Les études montrent que les femmes atteignent plus facilement l’orgasme au-delà de 40 ans. Ce sont des femmes plus épanouies, qui ont surmonté leurs complexes, qui sont moins fleur bleue et qui ont de l’expérience.

La ménopause ne joue-t-elle pas un rôle négatif ?

Chez certaines femmes. Mais nombre de femmes découvrent leur premier orgasme au-delà de 50 ou 60 ans. J’ai une patiente qui a joui pour la première fois à 68 ans. Le courant passait tout simplement mieux avec son partenaire qu’avec son mari.¦ C.Ern.