Vaccination obligatoire: le choc des thèses en présence

Le débat sur la vaccination obligatoire a démarré en force au Parlement belge. Avec la confrontation entre deux thèses diamétralement opposées: Luc Herry, président de l’Absym, plaide pour obliger toute la population à se vacciner contre le Covid, persuadé que cela sauvera à la fois le système de soins et le budget de l’État. Le virologue Geert Vanden Bossche explique, au contraire, que la vaccination met à mal la réponse immunitaire innée, et nous empêche de sortir de la pandémie actuelle.

Vaccination obligatoire: le choc des thèses en présence
Luc Herry et Geert Vanden Bossche (en bas à droite) défendent des thèses diamétralement opposées. ©BELGA
Jean-Christophe Herminaire

Les deux sont venus avec une thèse en poche. Mais aucun n’a assorti son exposé d’études scientifiques pour appuyer sa démonstration, ce que les députés de la Commission d’étude de la chambre n’ont pas manqué de le souligner dès leurs premières questions, tant certaines affirmations entendues, aussi radicales que critiquables, car peu étayées, mettent mal à l’aise par rapport à la campagne vaccinale menée jusqu’ici, mais aussi aux intentions politiques.

LucHerry, Absym

Vaccination pour tous

Luc Herry, médecin généraliste qui dirige le syndicat médical Absym, une polyclinique et un centre de vaccination de la Région wallonne, n’exprime guère de doute. "L’intérêt public doit primer. Je ne vois pas comment on pourrait passer à côté de cette obligation vaccinale. Dommage que l’Europe n’a pas pris cette décision, on est passé à côté de quelque chose", dit-il. Pour ce médecin, il y a un bénéfice évident à étendre la vaccination "à 100% de la population", à partir de 5 ans. Pas question pour lui de se limiter à la population la plus vulnérable, comme cela a été choisi en Italie ou en Grèce. "Qui est ou pas vulnérable?, c’est impossible à déterminer, cela varie dans le temps."

300 000 «covid longs»

Pour le président de l’Absym, d’abord, cette vaccination généralisée va fortement diminuer prix à payer de la crise sanitaire, parce qu’il y voit la suppression des tests PCR "qui nous coûtent 5 millions par jour", la fin des quarantaines et une diminution des coûts des hospitalisations. Le bénéfice serait aussi scolaire, social, et médical, laissant de la place pour soigner d’autres pathologies. "On ne connaît rien des risques à long terme d’une infection par le coronavirus", souligne encore le médecin qui évoque le chiffre de 300 000 "covid longs" en Belgique. Quand aux risques de la vaccination en elle-même, il minimise: "il y a peu d’effets secondaires qui soient irréversibles. Il n’y a pas photo sur le rapport risque/bénéfice."

Non au pass vaccinal

Mais le président de l’Absym se dit fermement opposé à la vaccination obligatoire du seul personnel soignant, afin d’éviter les "discriminations". Opposé aussi un pass vaccinal qui "pour moi est une mauvaise idée. C’est déplacer la responsabilité du secteur public vers un certain nombre de citoyens". La nécessité des contrôles mettra, dit-il, "une pression ingérable. C’est inacceptable." Pour quelle sanction penche-t-il? "Elle doit être financière, une amende administrative tout simplement. Je refuse la sanction qui serait une perte de visa. C’est exagéré."

GeertVanden Bossche, virologue

«Pas les bonnes questions»

Geert Vanden Bossche est lui virologue, de formation vétérinaire, et a longtemps travaillé dans l’industrie de fabrication des vaccins. Selon ce vaccinologue, "consultant indépendant", la gestion de la crise est trop "symptomatique", focalisée sur les chiffres immédiats, de contaminations, d’hospitalisations, de décès, mais pas sur la question principale: "il est beaucoup plus important de voir comment cette pandémie va s’épuiser. En général, c’est en moins d’un an." Pour ce chercheur, les "bonnes questions" sont: "comment va-t-on arrêter cette pandémie, et comment peut-on se protéger au mieux?"

«Impossible de contrôler par une vaccination de masse»

Geert Vanden Bossche s’était, dès le début de la crise, opposé à une stratégie de vaccination en période de pandémie. Il persiste, expliquant que la vaccination joue un rôle contraire à celui recherché car "elle rompt" l’immunité innée, qui protège naturellement, et que le virologue estime supérieure à celle acquise par les vaccins, en particulier chez les plus jeunes. "Avec deux conséquences: le virus ne pourra pas être éliminé et le virus échappe au système immunitaire." Il explique que la vaccination de masse ne fait pas naître les variants, mais qu’en mettant le virus "sous pression immunitaire" elle donne un "avantage compétitif" aux mutations les plus infectieuses. Et comme le vaccin n’empêche pas les contaminations, que les variants se multiplient et que le virus contamine aussi des animaux "il nous est impossible de contrôler ces variants par une vaccination de masse", dit-il, tout à fait à l’opposé de ce qu’expliquait avant lui le président de l’Absym.

Le vaccin nuit à l’immunité naturelle

Pire: La vaccination, dit-il, a un impact négatif sur l’immunité de la population, "basée sur une réduction importante de la transmission. Le vaccin "peut être comparé à un logiciel présent dans un ordinateur qui ne peut plus être effacé. Quand ce programme ne fonctionne pas de manière optimale, on n’est pas aidés…" Un autre message interpelle: "dans certains groupes d’âge, les non-vaccinés sont mieux protégés que les vaccinés", prétend-il même, estimant qu’il faut profiter de la vague Omicron, "auquel personne ne pourra échapper", mais qui se révèle moins dangereux, pour favoriser l’immunité collective. "La pandémie pourra être arrêtée automatiquement. Pour le moment ce n’est pas possible. Les virus sont devenus résistants aux vaccins actuels."

Les preuves: «mes prévisions»

La plupart des députés ont réagi vertement face à ces affirmations, pas toujours bien comprises, la députée DéFi Sophie Rohony, notamment, y voyant un "discours dangereux, voire criminel". À ceux qui lui demandent des preuves à l’appui de sa thèse, Geert Vanden Bossche rétorque: "Où sont les études qui suggèrent qu’une vaccination de masse en plein milieu d’une pandémie, avec un vaccin qui n’empêche pas les contaminations, serait une réussite? La meilleure preuve de ce que j’avance, ce sont mes prévisions. J’avais dit que le virus deviendrait plus infectieux, que les souches les plus infectieuses deviendraient dominantes. Si on va vacciner contre Omicron, cela mènera à une véritable catastrophe. Je ne suis pas le seul vaccinologue à avoir cette opinion."

Les deux experts n’auront pas l’occasion d’en dire bien davantage: le temps accordé à leurs réponses fut nettement plus court que celui pris pour la déferlante de questions (et parfois d’opinion) des parlementaires en Commission. Leurs réponses écrites, qui suivront, devraient néanmoins figurer dans le rapport de cette Commission Santé.

Les plus consultés depuis 24h