Des experts plutôt réservés sur l’obligation vaccinale

De la confrontation de convictions lors des auditions du matin, on s’est orienté vers davantage de pédagogie dans l’après-midi. Mais aucun des quatre experts entendus par la commission santé de la Chambre n’a plaidé pour la vaccination obligatoire contre le Covid-19.

Jean-Christophe Herminaire
Des experts plutôt réservés sur l’obligation vaccinale
Liliane Schoofs and Ann De Guchtenaere ont été attentivement écoutées par les députés. ©BELGA

Quatre experts étaient entendus dans l’après-midi: Liliane Schoofs (professeur en biotechnologie KU Leuven), Ann De Guchtenaere (pédiatre, UGent), Johan Neyts et Emmanuel André (virologue et microbiologiste à la KU Leuven).

"Les vaccins actuels (injectés dans le muscle) sont efficaces contre les hospitalisations, mais pas pour éviter une transmission", a souligné Mme Schoofs, qui pour cette raison se déclare opposée au Covid Safe Ticket, qui donne une fausse illusion de sécurité. "Les vaccins actuels ne sont pas efficaces sur la transmission." Selon elle, le développement d'un vaccin oral, ou nasal, pourrait pallier cette faiblesse sur la contagion d'un virus respiratoire. "C'est le vaccin oral qui a permis d'éradiquer la polio. L'OMS et l'Agence européenne des médicaments ont lancé un appel pour un nouveau vaccin", a-t-elle souligné. Du coup, le député MR Daniel Bacquelaine s'"interrogeait: le débat sur la vaccination obligatoire n'arrive-t-il pas, non trop tard mais trop tôt. "Est-ce qu'il n'aurait pas une autre connotation dans le cadre de futurs vaccins?"

La vaccination doit-elle rester une décision individuelle? Liliane Schoofs plaide en ce sens, plutôt en faveur de la vaccination des gens fragiles. "Beaucoup de jeunes se sont vacciner l'été dernier pour pouvoir avoir le CST et participer à la vie sociale et pas pour des raisons de santé. Il faut apprendre à notre jeunesse à réfléchir davantage. Beaucoup se sont fait vacciner avec Moderna et, début septembre, on a rehaussé le niveau au-delà de 30 ans. Cela sape la confiance qu'ils ont dans les vaccins." Pour les vaccins futurs, mieux ciblés et qui vont conférer cette immunité mucosale, mais qui sont plus difficiles à développer et se feront encore attendre, une obligation pourrait être envisagée, estime-t-elle. "Avec les vaccins actuels, il faudrait encore plusieurs années pour éradiquer le virus."

Responsabilité individuelle

Johan Neyts et Emmanuel André ont également fait preuve de beaucoup de pédagogie en expliquant les mécanismes et les vertus des vaccins, dont il est maintenant établi, disent-ils, que contre le Covid trois doses sont nécessaires pour qu'ils soient efficaces pour préserver des décès et des formes graves, ou réduire en partie la transmission. Mais les deux chercheurs en appellent à la responsabilité individuelle des personnes qui ne sont pas jugées à risque. "On va probablement passer à un stade endémique parce que le nombre de décès va être diminué et prévisible, alors que la circulation virale va se poursuivre", a développé M.. André.

"Pour les personnes sans système immunitaire fragile, je pense qu'on n'aura plus besoin de booster. Les infections futures vont jouer ce rôle de booster. Pour ces gens-là, sauf surprise (d'un futur variant plus virulent), on pourra laisser évoluer les choses." Pour les personnes vaccinées mais au système immunitaire fragile, le schéma est plutôt d'un booster chaque année.

Selon lui, "une grande majorité" de la population belge a franchi "les différentes marches" qui confèrent l'immunité, que ce soit grâce aux trois doses de vaccins ou par les expositions successives au virus. Emmanuel André souligne aussi l'importance de l'âge, y compris pour l'efficacité de la vaccination. "Les gens ne courent pas tous le même risque." Quant aux personnes non-vaccinées, "est-ce qu'ils ont reçu la bonne information?", interroge l'expert de la KULeuven. Sinon, il en est de la responsabilité de l'État. Si par contre, ils ont reçu cette information et sont des personnes à haut risque, alors on en revient à leur responsabilité individuelle.

«Un droit vaccinal, plutôt qu’une obligation»

L'exposé de la pédiatre Ann De Guchtenaere était d'un autre ordre, mais non moins éclairant pour les débats qui vont se tenir dans les prochaines semaines. Sur le CST, c'est très clair: "il est absolument nécessaire de n'opérer aucune distinction entre enfants vaccinés et non-vaccinés, étant donné que le Covid n'est pas une maladie enfantine". Elle non plus ne pense pas que l'obligation aidera à augmenter le taux de vaccination, préférant parler de "droit vaccinal" plutôt que "d'obligation vaccinale". Et ce droit vaccinal ne doit pas s'opposer, notamment, au droit d'enseignement des enfants. "Des parents se posent des questions. Ce ne sont pas des antivax, mais ils demandent beaucoup d'informations", dit-elle. "Il y a aussi de la désinformation qui crée beaucoup de craintes et d'angoisse. On résout cela en agissant comme personne de confiance. Et je ne suis pas certaine que l'obligation va aider". Comment convaincre les gens? "Donner des informations, et surtout écouter."

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