2 h obligatoires de cours de citoyenneté: la volonté du PS, MR et Ecolo

PS, MR et Ecolo s’engagent pour deux heures de CPC obligatoires par semaine.

2 h obligatoires de cours de citoyenneté: la volonté du PS, MR et Ecolo

Six députés de la majorité francophone (PS, MR, Ecolo) ont déposé lundi une proposition de résolution visant à l’extension à deux heures de l’éducation à la philosophie et à la citoyenneté dans l’enseignement officiel. Le texte provoque des sentiments contrastés: satisfaction pour les organisations laïques, goût de trop peu pour l’opposition et crainte pour l’Église catholique.

Mieux connu dans le jargon scolaire sous son acronyme CPC, le cours de philosophie et de citoyenneté a récemment fêté ses cinq années d’existence dans l’enseignement officiel. Introduit le 1er octobre 2016 dans l’enseignement primaire, il avait été étendu dès l’année suivante à tout le secondaire. Il est désormais enseigné dans toutes les écoles de Wallonie et de Bruxelles, à l’exception de celles du réseau libre confessionnel, à raison d’une heure obligatoire par semaine.

La création du cours faisait suite à une décision de la Cour constitutionnelle rendue en mars 2015 qui reconnaissait qu’en devant impérativement choisir entre un cours de religion ou de moral laïque pour leur enfant, les parents de l’enseignement officiel étaient en réalité obligés d’afficher publiquement leurs convictions personnelles, au mépris de leur vie privée.

Conformément à l’arrêt de la Cour constitutionnelle, la réforme permettait aux parents qui le souhaitaient de demander que leur enfant soit dispensé de l’heure résiduelle de morale ou de religion, et ce au profit d’une deuxième heure hebdomadaire de CPC.

Un travail de plus d’un an

Depuis plus d’un an, un groupe de travail interne au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles travaillait en toute discrétion sur l’extension à deux heures du CPC. Le groupe a entendu à huis clos les acteurs de ce dossier: syndicats, associations de parents, ainsi que des constitutionnalistes, notamment pour proposer des options en conformité avec l’article 24 de la Constitution qui stipule que les écoles officielles doivent offrir à leurs élèves le choix entre l’enseignement d’une des religions reconnues ou celui de la morale non confessionnelle.

Le texte finalement déposé lundi par six députés de la majorité francophone recommande au gouvernement de mettre en œuvre l’extension à deux heures hebdomadaires dans le cadre de la grille horaire de l’enseignement officiel et d’y rendre "les cours de religion, de morale non confessionnelle, optionnels, en continuant à les proposer dans des conditions qui rendent confortable pour les élèves l’exercice de leur droit constitutionnel à une éducation morale ou religieuse" ou d’étudier "toute autre modalité organisationnelle". La mise en place d’une inspection spécifique est également souhaitable ainsi qu’un renforcement du référentiel d’éducation à la philosophie et la citoyenneté, selon le texte.

Un goût de trop peu pour DéFI

Il recommande également de soutenir l’extension à deux heures dans le réseau libre non confessionnel, et "d’améliorer les conditions d’organisation de l’éducation à la philosophie et citoyenneté dans le libre confessionnel (...), y compris en examinant la piste d’une période relative à l’organisation d’un cours spécifique".

Si la proposition a, sans surprise, réjoui les organisations laïques, qui plaidaient "depuis des années" pour une extension du cours et qui espèrent dès lors la voir mise en œuvre au plus vite, elle laisse un goût de trop peu à DéFI.

Le parti d’opposition "n’a jamais varié, ni tergiversé dans ses positions quant au fait que les cours de religions devaient être rendus facultatifs et proposés hors de la grille horaire des élèves", a-t-il rappelé dans un communiqué.

Cependant, "un cours d’EPC étendu à deux heures hebdomadaires, ainsi que des cours de religions relégués hors de la grille obligatoire ne doivent toutefois pas rimer avec la disparition du fait religieux, de l’histoire des religions et du dialogue interconvictionnel à l’école", estime-t-il. "La connaissance des différentes religions et grands courants de pensée, de leurs origines, pratiques, rites, ainsi qu’un dialogue et des échanges (encadrés pédagogiquement) entre élèves, constituent un socle indispensable à la connaissance de l’autre mais aussi un préalable indispensable à la cohésion sociale", poursuit la députée bruxelloise Joëlle Maison. Le parti regrette que ce dialogue qui figurait dans les recommandations du rapport du groupe de travail Philosophie et Citoyenneté en juin 2018 ait aujourd’hui totalement disparu. Le parti souhaite également l’extension à un référentiel de deux heures de cours hebdomadaires dans le réseau libre.

«Une grave erreur»

La conférence des évêques de Belgique considère de son côté que rendre les cours de religion ou de moral optionnels serait "une grave erreur" de son point de vue. Elle estime que "si la Constitution en son article 24 demande qu’on organise un cours, ce n’est pas pour le sortir de la grille. C’est dans l’intention du constituant de le faire dans le cadre scolaire, et non pas le mercredi après-midi ni le vendredi après 16h ou encore le samedi matin." "Transférer de manière facultative le cours en le rendant à option, c’est laisser place à toutes sortes d’initiatives qui seront organisées en dehors des écoles et donc du contrôle d’une inspection scolaire", prévient son porte-parole Tommy Scholtès.

La proposition de résolution sera discutée dans 15 jours en commission de l’Éducation du Parlement de la Fédération.