Le miel enrichi au viagra, dangereux pour la santé

Vanté sur internet comme aphrodisiaque, un «miel», sorte de complément alimentaire, était coupé d’un médicament vasodilatateur, avec un risque pour la santé.

Anne Sandront
Le miel enrichi au viagra, dangereux pour la santé
ILs «miels aphrodisiaques», vendus en ligne, ont des effets secondaires dangereux pour la santé. ©Subbotina Anna - stock.adobe.com

Cet été, en France, plusieurs centres antipoison ont répertorié de nombreux signalements d’effets indésirables graves: convulsions répétées, des hémorragies d’origine pulmonaire, des œdèmes cérébraux, ou des insuffisances rénales aiguës majeures ayant, pour certains, entraîné des hospitalisations, selon l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé française (ANSM).

Les coupables sont des miels, gelées et compléments alimentaires enrichis au sildénafil (la substance active dans le Viagra®) et au tadalafil (Cialis®). «Ces substances sont en particulier contre-indiquées chez les personnes souffrant de pathologies cardiaques, en raison des effets indésirables graves qu'elles peuvent générer », a déclaré l'ANSM.

Et en Belgique?

Chez nous, c'est au mois de mars que l'Afsca (Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire) a demandé le rappel du complément «Black Horse – Vital Honey», où elle avait trouvé la présence d'un médicament, le tadalafil.

Ce produit a été vendu en ligne et via les réseaux sociaux. Tout comme «Gouttes d'amour» et «Miel du Soudan Aphrodisiaque» en janvier 2020 ou «Epimedium» (pâte à base de plantes) de la marque Honey Palace, en avril 2020, qui contenaient tous les deux du sildenafil et ont été rappelés par l'Afsca.

Les produits «aphrodisiaques» enrichis en médicaments sont donc un problème récurrent en matière de sécurité alimentaire. Par contre, le centre antipoison ne reçoit pas fréquemment de plaintes:le dernier appel remonte à 2019. Un homme avait pris ce type de miel “miel aphrodisiaque malaisien” et souffrait de maux de tête.

Des contrôles postaux

L'Afsca est consciente du risque. Jean-Sébastien Walhin, directeur de la communication à l'Afsca: «Nous réalisons des contrôles avec les douanes de paquets commandés en ligne, qui arrivent par exemple au centre de tri bpost de Zaventem. On constate parfois des non-conformités. Par exemple, pour des articles produits en Chine ou aux États-Unis, on observe qu'ils contiennent parfois des substances non autorisées en Europe ou en Belgique

En 2020, 42 actions de contrôles ont été réalisées en collaboration avec les douanes et l'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) lors de l'importation de colis postaux commandés sur internet, et en particulier ceux contenant des compléments alimentaires. « Les contrôles des autorités sur les ventes en ligne montrent que ce commerce n'est pas sans risque, que du contraire, dit M. Walhin. Dans le cadre de ces actions, et suite à la crise du covid, près de 23 000 colis postaux ont été contrôlés par l'Unité Nationale d'Enquête (UNE): 484 colis ont été saisis, 32 analyses réalisées montrant 11 résultats non conformes. La plupart des substances retrouvées lors des analyses sont le sildenafil et la sibutramine (NDLR médicament utilisé comme traitement contre l'obésité, interdit en Belgique depuis 2013).»

Et les fraudeurs sont à l'affût des nouveaux filons, comme le constate le porte-parole de l'Afsca: «Une action spéciale visant les produits pour traiter ou prévenir la Covid-19 a également été mise en place en collaboration avec la Pharma and Food Crime Platform et la Police Fédérale

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