Peut-on mourir à cause d’une piqûre de moustique?

Vu sur Facebook: «une piqûre de moustique l’a presque tuée». Non, ce n’est pas un fake, le danger existe, le Dr Dezfoulian confirme le risque d’infection, mais pointe aussi le problème des allergies aux moustiques.

Anne Sandront
Peut-on mourir à cause d’une piqûre de moustique?
Les piqûres du moustique tigre provoquent davantage de démangeaisons que celles des moustiques belges. ©emodeath - stock.adobe.com

L’image a circulé sur les réseaux sociaux: une jeune femme, piquée par un moustique, a eu un genou chaud, gonflé. Elle était somnolente à cause de l’infection. La faute à un nouveau type de moustique, disait le post. «Oui, c’est possible» dit le Dr Bita Dezfoulian, dermatologue et allergologue au CHU de Liège.

1. Une peau très réactive

La dermatologue précise d'abord: « La plupart des problèmes liés aux piqûres d'insectes sont des réactions cutanées localisées: on est tous piqués par les insectes, mais on ne réagit pas de la même manière

Il y a des personnes dont la peau réagit très fort aux piqûres: «ceux-là en général ont des réactions au niveau de la piqûre avec une petite extension locale, qui peut perdurer parfois des jours… ou se réveiller au bout de quelques jours

Les piqûres d’araignées peuvent aussi donner des réactions toxiques locales, parfois importantes.

Pour toutes ces personnes, la dermatologue prescrit habituellement un antihistaminique et un corticoïde local, une pommade cortisonée. «Parfois, quand les réactions sont trop fortes, mais toujours localisées, on prescrit du Medrol, un corticoïde par voie systémique, pendant 4 à 7 jours maximum

2. Des personnes allergiques

Il existe aussi des personnes qui développent une allergie: «quand ils se font piquer par un insecte, y compris un moustique, ils peuvent présenter un œdèmeimportant (gonflement de certains tissus au niveau de la tête, comme la peau ou les muqueuses). C'est rapidement évolutif: ça commence très vite après la piqûre de l'insecte et ça peut aller loin: un œdème dans la gorge, des chutes de tension…» C'est le même type de réaction que les personnes qui sont allergiques aux hyménoptères (guêpes, abeilles, bourdons). «Des allergies existent également pour les insectes rampants, comme les fourmis, mais aussi pour les moustiques et les taons. Et pour ceux-là, le danger est grand.» À la fois parce que les moustiques et taons piquent plus fréquemment que les abeilles et les guêpes, mais aussi parce qu'il existe des désensibilisations pour les hyménoptères, mais pas encore pour les moustiques.

On peut diagnostiquer l'allergie aux moustiques par une prise de sang. Les personnes allergiques doivent avoir avec elles un EpiPen, pour s'auto-injecter de l'adrénaline en cas de piqûre d'insecte. « On leur prescrit aussi des antihistaminiques et des corticoïdes, comme pour les personnes allergiques aux piqûres d'hyménoptères.»

3. L’infection

«Avecles moustiques tigres, dans le sud de l'Europe, il y a parfois des piqûres multiples. Les gens se grattent très fort, parce que c'est abominable. Cela provoque parfois une surinfection.»

Que faut-il faire? «Si on a une plaie sur la piqûre, on désinfecte, mais on peut quand même appliquer une pommade à la cortisone pour calmer l'inflammation», dit le Dr Dezfoulian. « Si les piqûres sont multiples ou s'il y a des signes d'infection – chaleur locale, fièvre – il faut des antibiotiques systémiques

La spécialiste rassure: « C'est très rare. Ça arrive parfois chez les enfants parce que pendant les vacances, quand ils sont piqués, ils se grattent, puis ils vont jouer dehors et alors ça s'infecte

Ces cas rares augmentent, selon elle à cause du réchauffement climatique. «Le problème avec les moustiques tigres, c'est qu'ils piquent la journée, là où le moustique belge sévit la nuit. Leurs piqûres multiples provoquent une réaction inflammatoire assez intense

La meilleure prévention, c'est d'éviter les piqûres. En ce qui concerne les répulsif, la spécialiste conseille aux touristes de ne pas acheter leur répulsif en Belgique, mais dans le pays du sud, où il sera mieux adapté aux moustiques tigres. «Et qu'ils partent aussi avec un dermato-corticoïde, car moi qui ne réagis quasiment pas aux piqûres de moustiques en Belgique, j'ai eu des démangeaisons pendant quelques jours en vacances.» Et même si l'on dit que les corticoïdes provoquent une dépigmentation de la peau au soleil, elle rassure: «pour les Caucasiens, c'est faux. En appliquant la pommade le soir, il n'y a pas de problème

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