Le « cauchemar » de la garde à vue

Les conditions de détention pendant la garde à vue sont loin d’être exemplaires en France. Elles sont mêmes «déplorables », témoigne un avocat parisien.

Catherine DEHAY
Le « cauchemar » de la garde à vue
MBDGAAV EC004 ©Copyright : Reporters/Everett

Dans son malheur, Bernard Tapie a de la chance. Il a passé sa garde à vue à l'hôpital parisien de l'Hôtel-Dieu. À deux pas du Palais de Justice, l'Hôtel-Dieu abrite les urgences médico-judiciaires et dispose d'une salle spécialisée, la salle Cusco, pouvant accueillir des gardés à vue nécessitant une surveillance médicale. «C'est du luxe de se retrouver là-bas », explique Me Loïc Guérin, avocat à Paris. Pour 80% des prévenus, la garde à vue se passe dans des conditions nettement moins confortables, voire «déplorables ». «Les conditions de détention pendant la garde à vue sont loin d'être exemplaires. La fréquence et la durée des interrogatoires ne sont pas contrôlées. La police a une phrase type pour décrire les moments d'audition et de repos dans le procès-verbal: " le reste du temps, le gardé à vue a pu se reposer ". C'est une vaste blague parce que les locaux de garde à vue sont tels en France qu'on n'imaginerait pas ça dans un pays du Tiers-monde. Pour se reposer, le gardé à vue dispose d'un banc en bois ou en béton, sans couverture, dans des geôles, parfois minuscules, qu'il partage avec d'autres personnes qui n'ont strictement rien à voir avec lui. Pour une personne peu habituée à cette promiscuité, c'est un cauchemar. S'il a de la chance, on l'emmènera aux toilettes quand il en a besoin. Le gardé à vue ne dort pratiquement pas ou très mal. Il fait froid dans la cellule et il arrive très régulièrement qu'on lui apporte une couverture pleine de vomis et d'urine car on ne les lave pas. C'est typiquement l'exemple que me donnent mes clients. »