L'Avenir.net

Les chiffres des réacteurs nucléaires belges décortiqués

Nos centrales vieillissent.
Les contrôles se renforcent et la disponibilité de l’énergie nucléaire diminue en conséquence.
Une situation qui renforce le risque de black-out cet hiver.
Nous avons passé les chiffres au peigne fin pour mieux les comprendre.

Quand ils fonctionnent, nos sept réacteurs nucléaires fournissent une part importante de l’électricité du pays. Depuis janvier 2018, environ la moitié de la production d’électricité en Belgique provenait du nucléaire, selon les données du réseau européen des gestionnaires de réseau de transport . Mais la situation a bien évolué au cours de l’année. En janvier, le nucléaire comptait pour plus de 63 % du mix énergétique belge, tandis qu’en septembre le nucléaire tombe à 38 % de la production totale. Premier coupable de cette diminution : ces réacteurs à l’arrêt depuis des semaines. Au mois d’octobre, nous avons passé 19 jours avec un seul réacteur actif (Doel 3). Il a fallu attendre jusqu’au 12 novembre pour que Tihange 1 redémarre et apporte ses 962 mégawatts de production à la Belgique.

Nous avons compilé les chiffres présents sur le site Transparency. Engie-Electrabel y note les disponibilités de chaque unité de production électrique du pays.
On peut y voir le fonctionnement ou l’arrêt de chaque réacteur en détail. Tous les tests, maintenances, révisions, planifiés ou non, y sont répertoriés.

Les données permettent de se faire une idée de la disponibilité réelle de chaque réacteur nucléaire. Mieux, le site permet aussi de suivre le calendrier de révision prévu. On sait par exemple que Tihange 3 sera en maintenance jusqu’au 1er mars 2019 et Tihange 2 jusqu’au 1er juin 2019.

Réacteurs allumés ou non en fonction des dates

Sélectionnez une date entre le 1er janvier 2012 et le 1er juin 2019

  • En marche
  • Arrêt planifié
  • Arrêt non planifié
  • En marche

    Doel 1

  • En marche

    Doel 2

  • En marche

    Doel 3

  • En marche

    Doel 4

  • En marche

    Tihange 1

  • En marche

    Tihange 2

  • En marche

    Tihange 3

Pourcentage de jour où les réacteurs sont allumés en même temps

Réacteurs nucléaires (2012-2018)
Infogram

« Tout pour garantir la sécurité »

Pour remettre ces chiffres dans leur contexte, Engie-Electrabel rappelle que la plupart des arrêts s’inscrivent dans un calendrier de révisions défini. Anne-Sophie Hugé, porte-parole du groupe, martèle que la sécurité est prioritaire.

Comment s’explique la faible disponibilité de Doel 3 et Tihange 2 ces dernières années ?

Ces deux réacteurs ont été mis à l’arrêt de longs mois, de notre initiative, notamment après la détection de microbulles d’hydrogène dans certains matériaux, en 2012. Il y a eu des analyses approfondies. Nous avons pris le temps de les faire avant de remettre un rapport détaillé à l’AFCN (Agence fédérale de contrôle nucléaire), pour répondre à toutes leurs questions avant le redémarrage. Cette année 2018 est aussi particulière, marquée par des travaux de béton, dans des bâtiments annexes de plusieurs centrales. De façon globale, en cumulant tous les chiffres des réacteurs, on devrait tourner autour de 50% de disponibilité pour notre parc nucléaire.

L’âge des centrales joue-t-il un rôle dans leur indisponibilité ?

Pour les plus vieilles centrales (Doel 1 et 2 ainsi que Tihange 1), à la suite de leur prolongation jusqu’en 2025, nous avons lancé un programme particulier d’investissement pour pouvoir les maintenir en activité en toute sécurité. Ça signifie des arrêts supplémentaires. En plus de cela, nous avons un plan décennal, pour remettre les réacteurs à niveau tous les 10 ans, avec les normes les plus élevées, toujours sous le contrôle strict de l’AFCN.

Certains arrêts sont non planifiés. Qu’est-ce que cela signifie ?

Il y a un calendrier de révisions planifié, lié au fonctionnement normal de la centrale, par exemple lorsqu’il faut recharger du combustible. À côté de ça, certains arrêts sortent du calendrier. Par exemple quand nos équipes coupent la centrale de façon préventive pour contrôler un élément, qui peut concerner aussi la partie non-nucléaire du site. Il y a aussi des arrêts automatiques dans certains cas. Tout cela est extrêmement contrôlé pour garantir la sécurité et ne prendre aucun risque pour nos travailleurs et la population.

Où en sont les mesures pour limiter le risque de black-out cet hiver ?

C’est notre priorité du moment. Soyez convaincu que tout le monde ici est mobilisé sur ce dossier et que nous faisons tout ce qui est possible. Des moyens de production supplémentaires ont été réactivés pour augmenter la capacité du parc électrique. On parle quand même de 1000 MW supplémentaires, c’est loin d’être insignifiant.