Ce mercredi soir à la télé: la fin du temps des bourreaux au Congo

Avec « L’empire du silence », Thierry Michel clôture son cycle congolais. Et demande justice pour les victimes d’une guerre oubliée.

Mi.D.
 Un film qui a permis de lancer une grande campagne internationale intitulée «Justice for Congo».
Un film qui a permis de lancer une grande campagne internationale intitulée «Justice for Congo».

Le cinéaste liégeois Thierry Michel a parcouru le Congo pendant 30 ans, y a tourné 11 films pour parler de sa grande Histoire, avec ses présidents, Mobutu, Kabila père et fils et les autres, ses élections qui n’en sont pas, sa guerre interrégionale qui n’en finit plus de faire des victimes. "Il y aussi la" petite "histoire, celle des victimes abandonnées à elles-mêmes, au fond des villages ou des forêts, dont les témoignages m’avaient déjà étreint quand j’ai tourné L’homme qui répare les femmes , qui évoquait, à travers le docteur Mukwege, les femmes victimes de viols de guerre, nous disait Thierry Michel à la sortie du film, en janvier dernier. J ’avais vécu, alors, un vrai traumatisme émotionnel. Mais il fallait étendre le sujet après ce film, qui ne visait pas les responsables des crimes. Il était temps de faire un film sur les bourreaux, sur ces criminels impunis et de donner corps, et vie, et chair, au discours prononcé par Mukwege à Oslo, le jour où il y a reçu son Prix Nobel de la paix. Il demandait la fin de l’impunité. Elle est toujours là."

Il fallait remonter le cours des événements, comprendre comment, à partir de la fin de Mobutu et l’arrivée des réfugiés rwandais, on bascule d’abord dans des guerres "rationnelles" – de revanche, puis de prédation – puis dans un conflit sans plus aucune logique, avec une multiplication des groupes armés, et une répression innommable sur les populations civiles.

En dépit des milliers, voire des millions de morts, malgré les charniers, le conflit qui ensanglante le Congo depuis 25 ans n’a encore conduit à aucun procès. C’est ce qu’espère changer Thierry Michel avec son film, qui a permis de lancer une grande campagne internationale intitulée "Justice for Congo".

Le but, bien sûr, est de confondre les responsables devant, par exemple, la Cour pénale internationale. Mais les freins sont nombreux, notamment au sein des Nations Unies, où la liste des noms de ces criminels est confidentielle, voire taboue. Et le sujet difficile à porter. Son film a, par exemple été refusé par le Festival du film et forum international sur… les droits humains de Genève (FIFDH): "J’en suis tombé de ma chaise, parce qu’ils ont systématiquement accepté tous mes films précédents. Mais, malheureusement, on comprend la logique: quand on parle des victimes, on est le bienvenu partout ; mais quand on parle de justice et des criminels, les portes et les bouches se ferment. Et ça, c’est inadmissible."

La Une, 20.25