Ce vendredi à la télé: Damon Albarn, une histoire anglaise

Musicien hyperactif de génie, Damon Albarn est bien plus que la figure de proue de la britpop comme le montre ce portrait sensible.

F.G.
 En 30 ans, Damon Albarn a connu plusieurs vies, refusant toujours le surplace créatif.
En 30 ans, Damon Albarn a connu plusieurs vies, refusant toujours le surplace créatif. ©© Pierre (Lapin) Le Bruchec 

Lorsque Blur a déboulé sur la scène musicale britannique en 1989, bien malin aurait été celui qui aurait pu prévoir que Damon Albarn deviendrait une des figures musicales les plus respectées dans le monde, lui qui comptabilise déjà 40 disques au compteur.

Après deux albums au succès mitigé ( Leisure et Modern Life is Rubbish ), la sortie de Parklife , en 1994, rebat les cartes. Le groupe londonien se retrouve alors chef de file de la britpop (et puérilement en compétition avec Oasis), ce courant alternatif qui porte l’identité anglaise en étendard et revendique son patrimoine musical comme ferment.

Explorer, essayer, recommencer

Avec sa gueule d’ange, sa nonchalance et son arrogance futée, Damon Albarn voit sa popularité grimper en flèche. Vite à l’étroit dans le carcan anglocentré de cette nouvelle vague, malgré l’ahurissant succès de Blur, ce multi-instrumentiste accompli va se tourner vers d’autres horizons, craignant comme la peste le surplace créatif.

Avec le graphiste Jamie Hewlett, il crée Gorillaz en 1999, premier groupe virtuel composé d’avatars en animation: un modèle de brassage des genres et d’inventivité débridée. Jamais rassasié, l’hyperactif Damon Albarn fonde le "supergroupe", The Good, The Bad and the Queen (composé du bassiste des Clash, Paul Simonon, de l’ancien guitariste de The Verve, Simon Tong, et de son grand ami, le batteur Tony Allen) ou compose un opéra en… mandarin. Mais surtout, il fait de l’Afrique sa nouvelle terre d’élection avec l’album Mali Music ou avec le collectif musical Africa Express. Une aventure de plus pour ce globe-trotter, chantre de la mondialisation heureuse.

Loin de se contenter d’égrener les grandes lignes d’une carrière flamboyante, ce documentaire riche en archives resitue Damon Albarn à sa juste place: celle d’un musicien surdoué, mais aussi d’un chroniqueur social hors pair.

Le leader de Blur n’a jamais séparé son art de la marche du monde, toujours soucieux aussi des soubresauts outre-Manche. De la morosité des années 1990 aux clivages du Brexit, le réalisateur Adrien Pavillard s’attache au contexte sociopolitique qui a inspiré sa musique pour lui redonner toute sa profondeur dressant le portrait sensible d’une personnalité généreuse qui a su s’ouvrir au monde tandis que son pays se repliait sur lui-même.

Arte, 23.30