A la télé ce lundi: les invisibles des géants du web

L’intelligence artificielle est plus humaine qu’on ne le croit. Immersion dans le monde des petites mains du web.

Audrey Verbist
Une série documentaire qui montre l’envers du clic et la réalité  de tous ces travailleurs invisibles qui bossent à l’automatisation.
Une série documentaire qui montre l’envers du clic et la réalité de tous ces travailleurs invisibles qui bossent à l’automatisation. ©France 5

Bilel a 23 ans.Il vit à Lyon, qu’il connaît comme sa poche: depuis deux ans et demi, il parcourt la ville à vélo pour le compte d’Uber Eats. Il travaille entre 60 à 70 heures par semaine pour livrer des repas et empoche environ 1600 € par mois, brut. Il doit payer lui-même son vélo, ses frais de crevaison, et il a même dû donner une caution de 80€ pour son sac de livraison. Et son abonnement de téléphone aussi qui lui permet de se connecter sur l’application de la marque. Un boulot dangereux, incertain et mal payé pour une multinationale qui pèse 1,5 milliard€. Bilel, comme ses collègues est payé à la livraison et pourtant, il fait gagner pas mal d’argent à Uber, même quand il ne travaille pas. Parce que pendant ce temps, l’entreprise récolte des données. L’idée d’Uber: arriver à l’automatisation des livraisons.

Bilel, malgré lui, et comme des millions d’autres invisibles travaillent à améliorer les algorithmes des géants du web. Qu’ils soient modérateurs de réseaux ou qu’ils exécutent des "microtâches", ils sont les petites mains que les grandes plateformes voudraient cacher. Ils sont plusieurs à témoigner anonymement dans cette série documentaire de Henri Poulain et Julien Goetz. Ils ont signé un accord de confidentialité en béton avec Google, Facebook ou l’un de leurs sous-traitants et risquent des représailles en témoignant.

L’une vit à Lyon, l’autre à Madagascar mais elles effectuent le même travail: vérifier le sens de certaines requêtes sur le plus puissant moteur de recherche du monde. Ce boulot que Google voudrait nous faire croire automatique, elles n’ont pas le droit de l’exercer dans un endroit public, mais chez elles. Un boulot très mal payé pour améliorer l’algorithme.

D’autres encore ont été modérateurs pour Facebook.Un travail là aussi répétitif, 300 à 600 commentaires vérifiés par jour, soit pas loin de 1,5 par minute. Mais surtout, très dur: avant que des vidéos, photos ou textes ne soient retirés du réseau, ce sont eux qui sont exposés aux pires horreurs et aux pires violences.Certains en gardent un traumatisme durable.

Thomas, lui, a travaillé pour Apple et le certifie: l’intelligence artificielle n’existe pas (encore) et ce sont des cerveaux humains qui "nourrissent la machine". Et son témoignage fait froid dans le dos: il a dû écouter des millions de conversations qui ont été enregistrées à l’insu des utilisateurs de Siri, l’assistant virtuel de la marque…

France 5, 21.00