Bashung, homme pudique

De chanteur marginal à référence absolue de la chanson française, 40 ans dans la carrière d’un artiste inclassable.

Audrey Verbist
Bashung, homme pudique
Avec treize récompenses, il est, à égalité avec Mathieu Chédid, le chanteur le plus primé aux victoires de la musique. ©Sygma via Getty Images

Treize albums et autant de victoires de la musique: Alain Basgung est une référence de la chanson française.

Pourtant, les débuts ont été laborieux, il a galéré pendant une grosse dizaine d'années. Lui qui se rêvait chanteur depuis toujours, il a cherché son style pendant longtemps. Son premier album, Roman-photo est un bide. Le deuxième, Roulette russe en 1979 est un album sombre qui ne sera pas davantage diffusé. Comme ses singles d'avant. Il se décrit lui-même alors comme un «looser professionnel». «Je ne peux pas descendre plus bas, donc je ne peux que remonter». Grâce à de belles rencontres dira-t-il.

«Gaby oh Gaby»

Une chanson va tout changer: Gaby oh Gaby, en 1980. Une chanson complètement hors format qui deviendra un tube un peu par hasard. À ce moment-là, Bashung a juste assez de budget pour un single, pas plus, celui de la dernière chance. Gaby oh Gaby va tourner en boucle pendant un an, Il s'en vend un million d'exemplaires.

L'album Pizza, avec notamment Vertige de l'amour lui permet de faire une tournée de grandes salles. Mais le succès a ses revers. Bashung traverse une crise existentielle, il s'enfonce dans l'alcool, la drogue, la paranoïa, et il fait une tentative de suicide.

Blessures d’enfance

L'homme est une énigme, il parle peu de lui. Il a gardé des fêlures de l'enfance qu'il finira par dévoiler petit à petit: un père inconnu dont sa mère refusera toujours de lui parler. «Il a en commun avec Serge (NDLR: Gainsbourg) cette timidité, cette extrême pudeur», témoigne Jane Birkin dans ce film inédit.

En 1982, les deux hommes qu'on a souvent comparés se rencontrent. Ça donnera l'album Play Blessures. Un album sombre, aux textes désespérés dans lesquels Bashung réglera notamment ses comptes avec Gaby, en parlant de «mort de soif dans le désert de Gaby».

Bashung connaîtra des hauts et des bas, d’albums très expérimentaux en tubes entêtants, sans jamais faire de concessions artistiques. Devenant, en quarante ans d’une carrière atypique, une référence absolue de la chanson française.

France 2, 23.45