Femmes et médias, le désamour

L'information gomme une femme sur deux en Belgique francophone. C'est le constat d'une étude dressée par le Projet mondial de monitorage des médias.

Chantal GAILLOUX
Femmes et médias, le désamour
Femmes et médias ©RTBF

Les chiffres sont clairs : seulement 28 % des personnes lues, vues ou entendues dans les médias en Communauté française sont des femmes et, pourtant, 51 % de la population belge est féminine. Non seulement les experts interrogés sont-ils plus souvent masculins, mais seulement 35 % des journalistes belges francophones sont des femmes (1 577 sur 5 175). La télévision est le support médiatique où elles sont les mieux représentées puisqu'on y dénombre 43 % de femmes reporters et présentatrices, suivie de la radio (29 %) et de la presse écrite (26 %).

Un déséquilibre quantitatif, certes, mais aussi qualitatif puisque l'image de ces dames est souvent stéréotypée et moins crédible que celles de messieurs. Les femmes journalistes occupent habituellement le poste de présentatrice (57 %) et sont moins souvent reporters (28 %). Elles sont aussi confinées dans les thématiques traditionnellement féminines, telles que l'actualité sociale (42 %), criminelle (41 %) et de santé (38 %), où elles n'atteignent pourtant pas encore la parité. Par ailleurs, dans la catégorie «hard news», les femmes continuent à être sous-représentées avec seulement 26 % de femmes médiatisées en politique et 20 % en économie.

Ces statistiques ressortent de l'analyse du contenu informatif de neuf médias quotidiens généralistes - L'Avenir en faisait partie - issus de la télévision, de la presse écrite et de la radio au cours d'une étude réalisée dans le cadre du Projet mondial de monitorage des médias. Ainsi, 142 articles et billets audiovisuels ont été étudiés lors d'une journée témoin, celle du 10 novembre 2009.

Même si ce genre d'études est publié depuis plus de 15 ans en Flandre et en France, il s'agit d'une première en Communauté française de Belgique. À titre comparatif, la moyenne flamande est de 5 % en dessous de la moyenne de la Communauté française. Par contre, il reste encore pas mal de chemin à parcourir si l'on veut rejoindre les statistiques des pays scandinaves, qui raflent les meilleures moyennes en dépassant les 30 % de représentation féminine dans les médias.

À la lumière de ces résultats, Martine Simonis, secrétaire générale de l'Association des Journalistes Professionnels (AJP), s'interroge : «Pourquoi nos miroirs du monde, nos médias, ne reflètent-ils qu'une partie de la réalité, cette réalité teintée par des acteurs qui sont à plus de 70 % des hommes?» Mais elle constate aussi que la profession tend à se féminiser, même si cela reste à un rythme relativement faible en comparaison avec le nombre de diplômées (70 %) qui sortent chaque année des écoles de journalisme. Cette masculinisation de la profession va de pair avec une discrimination salariale. Une étude menée par l'Université de Gand en 2009 relevait ainsi un écart salarial de 11 %. Et indiquait aussi qu'un grand nombre de femmes journalistes quittaient la profession à 35 ans. Les causes? Incompatibilité des horaires, charge de travail et pression trop fortes. Plusieurs d'entre elles ont aussi ouvertement parlé du harcèlement moral et sexuel ressenti en milieu de travail.

Que faut-il faire? «Pour que la parité soit atteinte, la représentation des femmes dans les médias doit être mise à l'agenda, explique Martine Simonis, secrétaire de l'AJP. Il faut non seulement diffuser ces chiffres et sensibiliser les acteurs, mais les femmes doivent prendre la parole qui leur revient, faute de quoi, les médias continueront à être les miroirs de la réalité des hommes.»

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