Le jazz, première « musique du monde »

Au travers de quatre coffrets de deux galettes, «America!» réussit la gageure d’un parcours initiatique non exhaustif mais joliment documenté à la découverte de l’histoire du blues, du gospel et du jazz.

Aux États-Unis, la musique file aussi vite que l’économie, le mode de vie ou la mode tout court, pensez donc: il y a moins de cent ans que les premières traces de la musique noire américaine sont gravées sur rouleau et, ironie ou cynisme suprême, elles le sont par un orchestre blanc! Le pillage de la musique des noirs américains sera en effet monnaie courante dans la première moitié du XXe siècle, les «Minstrels Show» voyant des blancs grimés imiter le chant des noirs souvent de piètre façon. Un coffret consacré au blues et un deuxième au gospel retracent la genèse d’une musique née de la souffrance d’un peuple. «Work songs» et «field hollers» (cris des champs) font partie de la préhistoire du blues, mais les premières plages de Bessie Smith et de Ma Rainey révèlent les affres d’une population maltraitée au-delà de l’imaginable alors que le chant d’église soulage leur peine.

Première «musique du monde», le jazz intègre toute une série d'influences et naît réellement avec Louis Armstrong, le premier à structurer l'improvisation grâce à une technique brillante pour l'époque. Du New Orleans au free-jazz, quatre CD reflètent l'évolution des styles jusqu'à la fin des années 50… Mais l'Histoire du jazz court toujours…J-P G.

Harmonia mundi