Au cœur de l’Amérique musicale

C’est pleins feux sur la musique américaine actuellement. Festival, CD, édition… L’occasion de (re)découvrir la cousine de notre musique.

Marie-Françoise GIHOUSSE
Au cœur de l’Amérique musicale
GEORGE CHAKIRIS & RITA MORENO ©Reporters / Capital Pictures

Voici un mois à peine, La folle journée de Nantes, le plus grand festival français de musique classique, fêtait ses vingt ans sur le thème «Des canyons aux étoiles», référence à la composition d'Olivier Messiaen créée pour le bicentenaire des États-Unis en 1974. Hommage surtout à un siècle de musique américaine. Parallèlement, un grand label classique, Harmonia mundi lance une série de sept coffrets America! Et l'édition n'est pas en reste avec, tout récemment aussi, la sortie du livre de Nicolas Southon, Les symphonies du Nouveau monde.

Bien sûr, la musique américaine est d’abord marquée par l’histoire européenne. Les premiers colons importent leurs traditions musicales tandis que jusqu’au début du XXe siècle, les compositeurs et musiciens européens sont majoritairement joués dans les grandes salles. Mais dès la fin du XIXe siècle, les choses évoluent. La musique indienne, le blues, les negro-sprituals vont détacher la musique américaine de sa cousine européenne. Parallèlement, l’impressionnisme et le néoclassicisme (courant puissant aux USA) vont éloigner le Nouveau monde de la tradition germanique. Au XXe siècle, c’est le ragtime et le jazz qui vont influencer la «musique savante» tout en prenant leur envol personnel (voir ci-contre). Enfin, les troubles en Europe – Révolution russe puis montée du nazisme – voient s’installer aux États-Unis une série de compositeurs qui vont dynamiser la création musicale.

L’enjeu pour l’Amérique a toujours été de trouver son identité musicale, de cesser de «sonner» comme la musique européenne. Et en deux siècles, le pari est réussi. Avec une création (marquée aussi par les musicals et le cinéma) qui reste plus attachée à la tonalité, est moins «intellectuelle», même si on ne peut ignorer des compositeurs comme John Cage ou George Crumb. Un plus grand désir aussi des compositeurs d’être compris du public, de communiquer avec lui. D’autant que le secteur est plus soumis qu’en Europe aux lois du marché et est en partie financé par le mécénat…

America ! sept coffrets de deux CD (3 « classiques » et 4 « jazz »), Harmonia mundi

Nicolas Southon, « Les symphonies du Nouveau monde », Fayard/Mirare, 180 p.