Eddie Defacq, le papa de Karine et Rebecca, n’est plus

Le chanteur et musicien Eddie Defacq vient de mourir à l’âge de 79 ans. Jazzman et vedette tranquille des années 60 , il était aussi le père de Karine et Rebecca. C’est lui qui avait composé «Moi, je dors avec nounours».

Thierry Dupiereux

Il est parti discrètement, ce vendredi. La nouvelle n’étant livrée que dans une laconique annonce nécrologique annonçant le décès de «Monsieur Eddie Defacq auteur compositeur et interprète».

Eddie Defacq faisait débuter sa biographie professionnelle en 1954. Originaire de Bruxelles, né en 1933, il avait remporté cette année-là un prix lors d’un concours international de Jazz. Il avait été consacré meilleur clarinettiste au Palais des Beaux Arts.

Dix ans plus tard, cet autodidacte décide de laisser de côté le jazz pour se consacrer à la chanson française. Il sortira plusieurs titres, parvenant à se forger un joli petit succès dans le circuit.

En 1977, nouveau choix de vie, il arrête la chanson et se consacre à la composition. En 1988, il revient au jazz et la boucle est bouclée.

Karin et Rebecca

Mais aujourd’hui , s’il y a bien une chanson d’Eddie Defacq qui reste dans l’inconscient collectif, c’est celle écrite pour ses filles, Karin et Rebecca : «Moi, je dors avec nounours». Ce disque, sorti en 1964, a été vendu à 600.000 exemplaires.

Âgées de 4 et 5 ans lors de l’enregistrement, Karin et Rebecca deviendront de véritables stars de la chanson enfantine. Elles sortiront plusieurs disques jusqu’en 1968 dont certains thématiques consacrés à Saint Nicolas et Père Noël.

Hommage

Ce matin en relevant le courrier, nous avons lu avec intérêt la lettre de l’écrivain Guy Delhasse. Il a tenu à rendre hommage à un musicien qui était bien plus que le père de Karin et Rebecca... Nous vous livrons, ici, ce témoignage .

«Je l'ai appris par la nécrologie de "l'Avenir": Eddie s'en est donc allé jouer ses notes bleues à l'éternité. Eddie? Eddie Defacq, eh oui. Un gars de chez nous qui avait réussi, dans les années 60 et 70 à faire passer des chansons françaises dans un monde où la mode était déjà à la sauce anglaise dans les tubes. Il était de la génération des "durs" de notre langue: Louka, Zeghers , Hustin, Vallée et les femmes, Louise Lava, Andrée Simons elle aussi là-haut, depuis trop longtemps. Qui connaît encore "Les mariniers" de 67, "Le nénuphar", "Wallonie"? Defacq a chanté nos paysages avant tout le monde. Defacq avait repris depuis longtemps ses routes du coeur , celles qui mènent au jazz. Les temps sont passés sur ses chansons. C'est vrai, elles sont un rien rouillées, comme ces vieilles grilles en fer qu'aucune pluie ne peut achever. Les fous derniers passionnés de chanson en français les gardent en mémoire, ses chansons Et nous serons quelques uns à être tristes en ce bas monde, tout seuls, comme abandonnés. Le temps est salaud: il passe sans nous regarder. Mais les chansons de Defacq vont nous rester, sûr, elles seront la nourriture de notre mémoire, comme des rochers sans histoire. Il est parti sans nous dire au revoir, Eddie. Vite, les derniers fous de chansons en français dans le texte saluent ton œuvre , ton métier, ton talent. Et je vous l'avoue: je suis l'un d'entre eux...»

Guy Delhasse, écrivain.