Axelle la rebelle

Sa vie est synonyme d’engagement. Pour la musique, pour les autres, parfois aussi à ses dépens. Axelle Red a toujours traduit ses émotions dans ses chansons et ses tenues, à contre-courant de la mode. En rebelle passionnée.

Corinne MARLIERE

Le bleu profond de ses yeux lui donne un regard tantôt perdu ou songeur, tantôt lumineux et radieux. Ses états d’âme, Axelle Red ne peut les cacher. Alors, elle les montre dans sa musique, ses paroles, ses tenues et ses discours. Elle et son œuvre ne font plus qu’un, la femme engagée se perdant parfois dans l’artiste. Axelle Red la flamboyante se mue en chanteuse sombre et profonde, l’avocate diplômée de la VUB en porte-parole de causes humanitaires, celles des enfants et des femmes.

En 20 ans de carrière et 45 années de vie depuis hier, la chanteuse aux cheveux ardents a montré à son public toutes les facettes de son art, s'éloignant parfois de ses fans des premières heures - celles de Keneny Boulevard et Sensualité -, mais sans jamais tout à fait se perdre. La preuve avec ce nouvel album, Rouge ardent, qui «groove» toujours de ses sonorités américaines, mais revient vers les basiques d'Axelle Red: du romantisme et de la mélodie. «Je pense que mes fans vont me retrouver», nous confiait-elle cet automne. Confirmation.

Passionnée dans les gènes, Fabienne Demal l'a montré depuis toute petite. À trois ans, dans sa ville natale de Hasselt, celle qui deviendra Axelle «la rouge» dansait déjà, la musique dans la peau. «Si j'étais née aux États-Unis, j'aurais terminé à Broadway!» Elle apprend le solfège et le piano sur le tard, vers 20 ans, ce qui freine ses talents de compositrice. «Ma mère aurait dû m'obliger à apprendre le piano à 6 ans», regrette-t-elle aujourd'hui. Une erreur qu'elle n'a pas reproduite avec ses filles de 7, 10 et 14 ans, toutes trois musiciennes et trilingues, qui ont la chance de l'accompagner de temps en temps dans ses déplacements, elle et son manager de mari.

Car les voyages, Axelle en a déjà fait un paquet. Lors de ses études de droit déjà, au bras de Filip, l'homme de sa vie, elle a parcouru le Vietnam sac au dos. C'est peut-être là que se sont manifestés cette envie, ce besoin d'aider les plus faibles. L'empathie était en elle dès son plus jeune âge. «Quand j'ai lu La petite fille aux allumettes, j'ai pleuré. Ça se termine mal et moi je trouvais ça injuste. C'était peut-être la première manifestation de mon côté engagé.»

Depuis, Axelle Red a pris fait et cause pour les femmes violées en Afrique, les enfants-soldats au Congo, ceux emprisonnés au Burundi. Ambassadrice bénévole de l'Unicef depuis 1997, elle a parcouru tous les continents pour apporter sa petite pierre à l'édifice. Mais ne lui demandez pas d'évoquer son actualité musicale quand elle est en mission humanitaire. «Je ne fais pas ça pour vendre des disques. Au contraire, je vends des albums pour pouvoir agir.» Cet engagement passionné, Axelle le paie parfois dans sa vie privée. Il y a quatre ans, elle s'est sentie perdue, en détresse face à la violence faite aux femmes. «Avais-je encore le droit au bonheur?»

Une question qui débouche sur un an de réflexion, presque de méditation pour se forger une opinion, écrire un livre non abouti et sortir un disque criant l’injustice. Mais aussi s’interroger dans sa vie de femme et de mère, une réflexion qui l’a menée jusqu’à ce dernier album lumineux, où elle a osé ne plus mettre sa musique au service de son engagement. Un nouvel éclat qui s’affiche aussi dans l’exposition à Hasselt de son immense garde-robe, reflet d’une femme au style aussi typé que déroutant.