Sexe, drogue, rock et trains électriques

Neil Young, monstre sacré du rock, se livre dans une autobiographie peu conventionnelle. Offrant l’image d’une personnalité vraie et attachante.

Thierry Dupiereux

Qui aurait pu croire qu’une autobiographie de Neil Young débuterait par une histoire de trains électriques? C’est pourtant le cas. À plus de 65 balais, le vieux rocker avoue une passion d’illuminé pour les petits trains et les belles bagnoles. Il a aussi des zines. Comme celle de créer une voiture électrique ou celle de vouloir développer un système qui restitue un son 100 fois meilleur que celui d’un fichier informatique traditionnel.

Émotion à fleur de peau

Et le rock dans tout ça? Pas de panique. Un peu déroutantes au début, les lubies de Neil Young finissent par s’intégrer à un tout et rendent ce héros musical terriblement attachant. Il se livre, Neil. Jusqu’à la moelle. Il est émouvant lorsqu’il évoque son fils handicapé. Il est profond lorsqu’il rend hommage à ses (nombreux) amis disparus.

Au bout du compte, cette autobiographie n'en est pas une. C'est plutôt un journal, où l'auteur de Like A Hurricane écrit au fur et à mesure de ses réflexions et des événements qu'ils traversent. Les souvenirs s'enchaînent sans véritable chronologie. Mais on sent une espèce de quête dans l'écriture: «J'ai besoin de creuser pour découvrir certaines choses, chemin faisant».

Au-delà de l'aspect thérapeutique, cette brique de plus de 500 pages est aussi une des pierres essentielles de l'histoire du rock. On y croise Buffalo Springfield, le groupe qui mènera Neil Young à la célébrité aux côtés de Stephen Stills. On y découvre les petites histoires qui se cachent derrière la réalisation d'albums mythiques comme Harvest ou Rust Never Sleeps. On se plonge dans l'univers hippie et hallucinogène de la côte ouest américaine à la fin des années 60. Instructif.

Tout seul, comme un grand

Et cette autobiographie, il l'a écrite vraiment tout seul? Oui, il le revendique et ironise: «C'est très pratique l'écriture: ça ne coûte presque rien et c'est un super moyen de passer le temps. Je recommande vivement ça à tout rockeur vieillissant qui n'a plus de thune et ne sais pas quoi essayer de nouveau. Tu peux toujours engager quelqu'un pour le faire à ta place, si tu es incapable d'écrire. Apparemment ça ne choque personne. Simplement évite de prendre un scribouillard aux mains moites qui va te poser des questions pendant des années avant de déformer tes réponses […] Fortement déconseillé ça.». Neil Young est un mec entier. Et c'est un plaisir de lire…