Pauline Croze a reconstruit son éden

Après une grosse panne d’inspiration, la chanteuse française sort «Le prix de l’éden». Un troisième album urbain et apaisé.

Marc Uytterhaeghe

Cinq ans. C'est le délai qu'il y a eu entre Un bruit qui court et Le prix de l'éden, le troisième album de Pauline Croze. Un délai très long pour lequel elle ne cherche pas d'excuse(s) bidon(s). Si cela a duré aussi longtemps, c'est qu'elle a eu une grosse panne d'inspiration. Composé de onze titres, Le prix de l'éden se veut comme une sorte de compromis entre les deux opus précédents: on y retrouve en filigrane le côté guitare-voix, mais l'album est parcouru tout du long d'un groove très urbain, parfois un brin electro, sans pour autant verser dans le côté expérimental d'Un bruit qui court. Le tout chanté avec cette voix particulière, reconnaissable entre toutes.

C’est votre troisième album et c’est sans doute celui qui a été le plus difficile à écrire…

Tout à fait. Avant, quand j’écrivais, je trouvais mon ressort créatif dans la colère, la peine, le désespoir… Mais comme je suis devenue plus apaisée, il a fallu que je trouve un autre ressort. Mais pendant tout un temps, je n’avais rien à dire…

Vous n’avez pas songé à demander de l’aide à des auteurs ?

Si ! J’ai demandé à pas mal d’auteurs (JP Nataf, Mathieu Boogaerts, Dominique A, Alexis HK, Benjamin Paulin) de m’écrire des textes, mais soit ils n’avaient pas le temps, soit il n’y a pas eu de véritable rencontre. Les textes qu’ils m’écrivaient pouvaient évoquer des choses déjà dites avant…

Francis Cabrel a eu le même souci et s’est lancé dans un disque de reprises de Dylan. Vous auriez pu faire la même chose ?

On m’a dit de le faire, mais je ne le sentais pas, je ne voyais pas à quel répertoire m’acoquiner…

Justement, si vous deviez choisir, quel artiste ou groupe vous plairait ?

Je crois que ce serait Depeche Mode. Sur ma première tournée, j’avais repris « Enjoy the silence » en guitare-voix. Comme c’est un univers avec des machines, ce n’est pas difficile à détourner.

Quel a été le déclicpour reprendre l’écriture ? Votre collaboration avec Édith Fambuena, qui avait réalisé votre premier disque ?

Il n’y a pas eu de déclic. La maison s’est construite pierre par pierre. On a posé la dernière tuile l’avant-dernier jour du mix ! Mais Édith croyait en moi, ressentait des émotions quand je chantais et cela m’a encouragée.

En quelque sorte, avec cette panne, vous avez payé « Le prix de l’éden »…

Dans la chanson, je parle de ce qui nous a chassés de l’éden, du rapport à l’argent, au pouvoir… Après, on peut aussi voir cela comme le prix du sacrifice à faire pour atteindre la plénitude absolue. Mais je ne peux pas encore le constater, car je ne sais pas quelle va être la vie de cet album…

Vous doutez ?

De toute façon, je doute après chaque album. Je me demande toujours si c’est ma place, si les gens ont envie de m’entendre… Mais à côté de ça, je continue toujours à composer, car curieusement la machine est relancée…

Le temps qui s’écoule est fort présent dans l’album. C’est devenu une obsession ?

Tout à fait. Ce temps, je l’ai subi. Cela m’a dépassée…

Trois auteurs vous ont finalement écrit des textes, dont Ignatus. Comment s’est passée la rencontre ?

J’étais en atelier d’écriture avec lui. Je lui ai demandé d’étoffer mes phrases et mes idées. Cela m’a aidée à comprendre pourquoi certaines phrases allaient dans des impasses. Du coup, on a écrit « Le prix de l’éden » et « Ma rétine » et je suis très contente.

Vincent Delerm a écrit « Dans la ville », qui ouvre l’album…

Il a envoyé ce texte par mail à mon manager. Cela m’a fait hyperplaisir… C’est l’histoire de quelqu’un qui tombe amoureux d’une ville en même temps que d’une personne. Et cela ne vaut plus le coup de retourner dans cette ville sans cette personne…

Ce texte cadre bien avec l’ambiance générale de l’album, plus urbain…

Je ne voulais pas que cet album soit pop-folk. En même temps, sur le disque précédent, j’avais perdu mon rapport guitare-voix. On est donc reparti sur cette base, mais je voulais aussi que cela évoque quelque chose d’urbain, car j’aime l’architecture, l’urbanisme… Je voulais que le spectre musical reflète cela.

On retrouve aussi des sonorités mandingues. Toujours cet amour du Mali ?

C’est une musique qui me touche, qui fait partie de mon quotidien. J’aime la rythmique, l’espace, l’horizon qu’elle donne à voir. Et puis je sens une certaine spiritualité. C’est peut-être ce qui me manque dans la musique aujourd’hui.¦

Pauline Croze, Le prix de l’éden, Wagram/Pias. En concert le 23/11 au Botanique (02 218 37 32).