Clélia Renucci explore un amour aussi insensé qu'improbable

Le héros de "La fabrique des souvenirs" de Clélia Renucci s’éprend d’une femme aperçue dans le souvenir d’un autre. Mais de quoi parle-t-on?

Michel PAQUOT

Qu'est-ce qu'un souvenir? Quelque chose d'impalpable qui n'appartient qu'à celui qui le possède. À moins que… Dans les années 90, une société est parvenue à décrypter, encoder et exporter sur un support électronique ce qu'un individu voit, entend, pense ou ressent. Il suffit alors de brancher un casque d'immersion pour réussir à littéralement voir ce dont le "donneur" se souvient. C'est ce qui arrive à Gabriel, le héros de La fabrique des souvenirs, qui achète à une vente aux enchères, la voie royale à l'époque pour ce type de transactions, et à haut prix, le souvenir de la première de Phèdre à la Comédie française en 1942, dans une mise en scène de Jean-Louis Barrault, avec Marie Bell dans le rôle-titre. "Cette idée m'est venue en recevant une notification qui me proposait de partager tel souvenir avec telle personne, et j'ai voulu la prendre au mot, explique Clélia Renucci. Mais ce n'est finalement qu'un prolongement de ce que l'on connaît aujourd'hui avec les réseaux sociaux. C'est pourquoi je ne voyais pas l'intérêt de situer mon histoire dans le futur." Comme tout le monde, ou presque, est sur Instagram ou Facebook, tout le monde, dans le roman, enregistre ses souvenirs. Il est donc relativement aisé de se retrouver plongé dans n'importe quelle époque.