Nathacha Appanah: et toujours trouver l’envie de vivre

Dans "Rien ne t’appartient", Nathacha Appanah raconte la résistance d’une fillette confrontée à un monde auquel elle n’était pas préparée.

Michel PAQUOT

"Rien ne t'appartient ici", lui a déclaré à son arrivée la "très vieille femme" qui dirige le centre fermé où la fillette de 13 ans est placée. Vijava déchante, elle qui était persuadée de l'immuabilité de la vie "douce" et "délicieuse" qu'elle menait entre une mère sachant "lire dans les cartes" et un père qui faisait l'école à la maison et qu'elle devait appeler "Monsieur". Convaincue que cette vie "sans entraves" rythmée par ses courses dans la rizière et ses cours de danse, serait toujours la sienne. Mais dans son pays – jamais cité – on ne plaisante pas avec la religion, et parce que son père, opposant politique et athée, ne s'est pas résolu à "fermer sa grande bouche", il disparaît. Pour la cacher, le jardinier l'emmène chez sa cousine, dernière étape avant le "refuge" jadis créé par une ONG américaine pour des orphelins. Mais cela, c'était avant. Avant que Vijava, ce qui signifie Victoire, rencontre Emmanuel et devienne Tara, son prénom au début du roman. Et c'est la mort de cet homme devenu son mari qui fait rejaillir en elle ce passé enfoui mais pas révolu.