Harry Potter et J.K. Rowling à nouveau accusés de caricatures antisémites

Un animateur américain influent estime que les gobelins de Gringotts sont des caricatures antisémites qui passent étrangement inaperçues.

G.L.
Harry Potter et J.K. Rowling à nouveau accusés de caricatures antisémites
La représentation des gobelins de la banque Gringotts est en tous points similaires aux caricatures antisémites notamment véhiculées par l’Allemagne nazie, selon Jon Stewart. ©Internet

Dans Harry Potter, les gobelins de la banque des sorciers Gringotts sont des caricatures antisémites, dénonce l'animateur américain Jon Stewart dans son podcast The Problem With Jon Stewart (Apple TV + ).

C'est une tornade médiatique qui s'amorce aux USA ces dernières heures. Les sites web américains spécialisés dans le divertissement relaient l'information à tour de rôle: The Hollywood Reporter, la bible d'Hollywood Variety, Deadline, etc.

Les films visés en première intention

Aussi lourde soit-elle, l’accusation mérite d’être nuancée.

Première précision, purement chronologique: l'extrait du podcast pendant lequel Jon Stewart attaque J.K. Rowling est disponible sur YouTube depuis le 16 décembre 2021. Dans son argumentaire, le comédien estime que les gobelins de Gringotts ressemblent à s'y méprendre à la caricature des Juifs esquissée dans le texte antisémite Les Protocoles des Sages de Sion (1903).

Plus tard cités par Adolf Hitler dans Mein Kampf comme clé de voûte de la théorie du complot juif, ces écrits plagient et délirent à l'heure d'imaginer comment Juifs et francs-maçons collaborent secrètement pour contrôler le monde.

Il faut le souligner. Très explicitement, Jon Stewart fait référence dans son podcast aux films Harry Potter, pas aux romans, même s'il attaque frontalement l'écrivaine. Si les livres laissent une certaine part à l'imagination, les longs-métrages imposent une représentation précise des gobelins de Gringotts: nez crochus, doigts fins et longs, costumes impeccables, en marge de la cupidité et des montagnes d'or.

 Voici le genre de caricatures antisémites auxquelles Jon Stewart fait référence.
Voici le genre de caricatures antisémites auxquelles Jon Stewart fait référence. ©Internet

Discours à charge

Bref, Jon Stewart n'en démord pas: il pense directement aux caricatures antisémites de la première moitié du XXe siècle quand il regarde les films Harry Potter et les scènes des gobelins de la banque Gringotts.

On peut regretter que son discours soit exclusivement à charge.

L'ancien animateur du Daily Show est muet sur l'éventuel rôle du studio au moment de la création des scènes. Tout comme il n'évoque pas les origines multiples et très anciennes de la figure du gobelin, créature légendaire ancrée dans le folklore européen et la mythologie germanique.

Déjà la polémique en 2019

Malgré ces réserves, comme le souligne The Hollywood Reporter, " Stewart n'est pas vraiment le premier à souligner la ressemblance entre les gobelins et les dessins antisémites".

En 2019, une photo officielle des studios Warner Bros. avait déjà enflammé le débat. En ligne de mire: l’inauguration d’une nouvelle aile de l’exposition permanente The Making Of Harry Potter, en périphérie de Londres.

 En 2019, des articles en ligne se sont offusqués de cette image diffusée par Warner Bros. pour célébrer l’ouverture de la section Gringotts dans son expo permanente de Londres.
En 2019, des articles en ligne se sont offusqués de cette image diffusée par Warner Bros. pour célébrer l’ouverture de la section Gringotts dans son expo permanente de Londres. ©Warner Bros.

"Est-ce que cette photo du gobelin banquier de Harry Potter est offensante?", s'interroge à l'époque Marianne Levy sur le site The Jewish Chronicle. La chroniqueuse estime que l'image est dans la lignée des caricatures des Juifs publiées par l'hebdomadaire nazi Der Stürmer (1923-1945).

"Je n'arrive pas et je ne peux pas croire que J.K. Rowling est antisémite", nuance-t-elle. "La banque Gringotts mis à part, ni ses livres ni ses sorties publiques ne suggèrent qu'elle le soit. Tout ce que je peux penser, c'est que comme ces images sont si profondément ancrées dans l'inconscient collectif, elles peuvent exister dans le domaine public sans que leur nature problématique ne soit remarquée."