Kassovitz: «Je n’ai rien compris!»

Matthieu Kassovitz est à l’affiche de «Happy End», un film sur l’aveuglement de la bourgeoisie face à la crise des réfugiés. Rencontre.

Kassovitz: «Je n’ai rien compris!»
Mathieu Kassovitz est, avec Jean-Louis Trintignant, au casting de «Happy End», le nouveau Michael Haneke; Et donc de passage à Cannes, avec son franc-parler habituel. ©Photo News

Regarder un film de Michael Hanneke, pour Matthieu Kassovitz, c'est comme regarder une peinture. C'est une œuvre d'art que l'on ne comprend pas toujours. Happy End, présenté en Compétition Officielle au Festival de Cannes, est un film «What the fuck!» nous dit l'acteur.

Quelle a été dès lors sa première réaction en lisant le script? «Je ne l'ai même pas terminé! Après 20 pages, je me suis rendu compte que je n'y trouverais pas beaucoup d'infos. J'ai lu mon rôle, ça n'avait pas l'air trop compliqué à jouer.» Quand Michael Hanneke lui a demandé ce qu'il en pensait, de ce script (non-lu mais ça le comédien ne l'a pas avoué au réalisateur), Mathieu Kassovitz a répondu qu'il n'avait rien compris mais que ce n'était pas important car ce n'était pas son job. L'acteur, il obéit! Et d'ajouter à l'Autrichien «Je n'ai pas de question. J'en ai 10 000, vous voulez vraiment qu'on aille sur ce terrain-là?»

Alors ils se sont lancés dans l'aventure, sans trop se poser de questions. Il faut dire qu'un hamster meurt après deux minutes de film et ça a suffi pour plaire à Kassovitz. Il faut dire aussi que Michael Hanneke a deux Palmes d'Or sur son étagère (Le Ruban blanc, Amour), il n'avait donc aucune raison de ne pas lui faire confiance.

Tournage en pleine jungle

Tourner à deux pas de la jungle de Calais a-t-il été un problème pour l'équipe? L'ambiance sur le tournage était-elle aussi pesante que l'atmosphère du film, désespérant? Non car tout était maîtrisé par le cinéaste: «C'est un artiste très précis même si nous, on ne se rend pas toujours compte qu'il est en train de tourner

Mais ce qui a choqué le plus les acteurs ce sont ces réfugiés que l'on ne voit plus. «J'ai découvert le film hier et c'est dingue car même si je sais qu'il y a des réfugiés sur pas mal de plans – je le sais car j'étais sur le tournage – je ne les voyais pas! Je me regardais, moi.» Et c'est là d'ailleurs que l'œuvre trouve sa force. C'est un film sur la crise des migrants et pourtant, on ne les voit nulle part.

Michael Hanneke nous dit que si on ne fait rien, si on ne fait pas attention alors on ne les voit pas. Et c'est un problème, évidemment: «Des hommes, des femmes, des enfants, meurent tous les jours, ils fuient des villes en feu et maintenant ils dorment à même le sol en France? C'est inacceptable.» Mathieu joue le rôle d'un chirurgien, bourgeois et ordinaire. Dans le film, il agit comme un politicien, il est celui qui dit « tout va bien continuer de voter ». C'est inadmissible et Michael Hanneke entend bien choquer en mettant en lumière cet aveuglement.