«Suffragette»: l’engagement, une affaire de famille

Menées par la légendaire Emmeline Pankhurst, les Suffragettes ont changé l’histoire. Un demi-siècle plus tard, avec l’aide d’une descendante de la famille Pankhurst, «Suffragette» retrace leur combat.

À Londres, ELli MASTOROU

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L'une fut la figure de proue des Suffragettes, l'autre travaille dans une ONG internationale. Elles ont le même nom, mais 37 ans séparent Emmeline Pankhurst, décédée en 1928, de son arrière-petite-fille, née en 1965. Mais Helen Pankhurst marche sur les pas de son aïeule. «Je suis impliquée de différentes manières dans le féminisme, notamment via mon travail pour l'ONG Care International, principalement en Éthiopie, où je suis née, mais aussi en Angleterre. Je travaille sur le terrain pour l'assainissement de l'eau, ou contre les mariages forcés» explique-t-elle en souriant.

Régulièrement présente dans les médias britanniques pour encourager les femmes à voter, elle n'a pas hésité lorsque les producteurs de Suffragette lui ont proposé de participer au projet. «Je me suis immédiatement dit que ça allait être un film fantastique, sur un sujet très attendu. J'ai été impliquée dès le départ: j'ai apporté certaines modifications, comme la chronologie du suffrage féminin par pays, qu'on voit dans le générique de fin. Et j'ai une petite scène dans le film avec ma fille. On ne nous voit que trois secondes, mais c'était incroyablement émouvant à tourner, avec les costumes de l'époque. C'était comme prendre une machine à remonter le temps.»

«Je les admire toutes»

Le film fut aussi l'occasion de refermer des blessures familiales. Car les divergences d'opinion sur la façon de mener le combat détruisirent la relation entre Emmeline et ses trois filles, militantes elle aussi. «Elles avaient des avis politiques très différents, et chacune mena son propre combat. Sylvia, ma grand-mère a émigré en Afrique. Sa sœur Christabel aux États-Unis, et la troisième, Adela, en Australie. Les féministes m'en parlent souvent, parce que c'est important pour l'histoire du mouvement. Ce n'est pas qu'une affaire de famille, c'était aussi une scission politique! Personnellement je les admire toutes. C'est incroyable d'avoir dans sa famille des femmes qui marquent l'histoire d'une telle façon. Et j'espère que par mon travail, je referme les blessures de cette scission. »

Fémi… quoi?

Faire avancer la cause des femmes, en Éthiopie comme au cinéma, telle semble être la mission d'Helen Pankhurst. Pourtant Abi Morgan, la scénariste de Suffragette, a déclaré ne pas avoir voulu écrire un film féministe. «Quand je vois le travail d'Abi et ce qu'elle représente, je vois une féministe». rétorque-t-elle sans ciller. « Dans le film, poursuit-elle, les hommes sont en conflit avec le terme féminisme, et c'est une réalité: beaucoup d'hommes ne savent pas s'ils doivent s'appeler ''féministes'', ou comment s'engager. Car pour certaines, seules les femmes doivent être en première ligne. Pour moi, ce qu'elle veut vraiment dire, c'est au contraire que ce combat n'est pas qu'un combat de femmes, mais un combat qui nous concerne tous. Parce que si les hommes ne s'engagent pas, rien ne changera

Compris, messieurs?