Dieu est grand, je suis toute petite

La Québecquoise Anaïs Barbeau-Lavalette a voulu voir plus loin que l’image médiatique, et découvrir par elle-même la réalité du conflit israélo-palestinien. En résulte un film coup-de-poing.

Ludivine Mathonet

La critique de "Inch'Allah"

Il ne se passe pas un jour sans que l’on parle du conflit israélo-palestinien dans les médias. Des histoires de murs dressés, de check-points, de stratégie politique… Mais il y aussi des sentiments d’injustice naissant de part en part de ces frontières, du déchirement entre deux peuples à la dérive et une jeunesse emportée violemment dans un conflit qui n’a plus de visage.

Anaïs-Barbeau Lavelette est québécoise. Avec Inch'Allah, elle a voulu rendre une dimension humaine à l'incompréhensible. Permettre de découvrir ce conflit à travers les yeux de Chloé, une femme, médecin spécialisée en obstétrique envoyée par Médecins Sans Frontières.

Quand on lui demande comment lui est venu l'idée de ce personnage féminin, Anaïs Barbeau-Lavalette explique clairement sa motivation: «J'avais besoin de parler de ce sujet à l'aide d'un personnage qui me ressemble, celui d'une femme occidentale. Le personnage de Chloé, c'est un peu mon alter ego. Je souhaitais que le spectateur puisse s'identifier et la voir comme ''madame-tout-le-monde''. On reçoit en permanence des échos de ce conflit à travers un prisme qui reste sensiblement le même. La conséquence, c'est que les gens se désintéressent du sujet ou pire encore, restent sur un a priori et des préjugés. L'idée était de donner un visage humain à ces actes monstrueux. Non pas pour édulcorer les faits ou les excuser, mais pour qu'une piste de compréhension différente puisse exister.»

Ce conflit, même s'il n'est initialement pas le sien, finit par habiter et bouleverser Chloé: « Je la pousse à l'extrême pour démontrer que quand la guerre la rencontre, Chloé devient à son tour un champ de bataille. Toutes les balises morales que l'on pense tellement acquises sautent les unes après les autres. C'est facile de dire que ces gestes n'appartiennent qu'aux autres. Nous, Occidentaux, nous pensons incapables d'atteindre un tel degré d'ignominie. En faisant participer son personnage à l'irréparable nous confronte à cela. J'ai l'impression que voir les choses sous cet angle peut aider à dégager des solutions ».

Quant à son impression sur le comment vivent les Palestiens et les Israéliens, la réponse est tout aussi limpide: «La jeunesse souhaite qu'un dialogue puisse être mis en place. Les jeunes Israéliens en ont marre de ce rêve qui n'est pas le leur et dont ils héritent sans l'avoir désiré. Les Palestiniens sont écœurés de ce cercle qui ne s'arrête pas. Un fait m'avait marquée: la rencontre entre les acteurs israéliens et palestiniens. De chaque côté des murs, enfermés dans des carcans, personne n'avait de visage et tous avaient des peurs vis-à-vis des autres. À la fin de la journée de tournage, cette peur oppressante s'était dissipée, ils riaient même ensemble. Preuve que ces barrières invisibles sont encore bien plus difficiles à démonter que des check-point ou un mur de séparation ».